k-libre - événement

Ces vendeuses, à son humble avis, avaient la fâcheuse manie de quitter leur emploi sans préavis, et parfois même sans se donner la peine de récupérer leurs affaires personnelles dans leur chambre du premier étage.
Erik Larson - Le Diable dans la ville blanche
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Coup de coeur

G.A.V.
Nous sommes dans un commissariat français. La nuit arrive. Il y a eu dans la cité voisine deux coups de f...
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lundi 25 octobre

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Le Carnoplaste : sous la chair, le fascicule

Le Carnoplaste : sous la chair, le fascicule Cher k-libre, cher Jules, chère Edwige, le Carnoplaste est devenu éditeur car il connaît Robert Darvel, qui s’est improvisé écrivain dans des circonstances relatées ailleurs. Être écrivain, c’est non pas écrire mais être lu. Je le lui expliquai. Il opina. Et je devins son éditeur à cause d’une déviation.
C’est-à-dire ? me demanderez-vous.
C’est-à-dire qu’un matin, au lieu d’emprunter la route habituelle pour aller au bureau, je passai devant un couvent qui proposait de menus travaux d’impression. L’idée d’imprimer soi-même les fascicules écrits par Darvel me frappe d’emblée. Je songeai : faire œuvrer des Sœurs dans le domaine du Crime serait amusant. J’en ricanai d’aise.
Mais dans le cas du Carnoplaste, l’impression a été finalement confiée ailleurs ? Le couvent – celui de Fril*use, dans l’Essonne – se révéla être Le Carmel Sanglant (dont on parlera dans le fascicule numéro six de "Lady Wicker"). Il eut été malséant de troubler la douleur des Carmélites.
Sans compter qu’avec les Âmes Birilubines, l’affaire devenait dangereuse.
Ensuite… À Darvel, malléable et surmené en charge des fascicules "Harry Dickson", apparait une nuit le personnage du détective Hebna Calde, propulsé depuis les limbes par une force psychique infrangible, comme dirait Todd Merrywater. Entre 2005 et aujourd’hui, près de deux cents histoires viennent troubler l’Ether autour du pauvre gratte-papier au point que, comme médium, Darvel n’y suffise plus ; qu’il faille recourir à des anonymes rangés par pupitres pour ordonner la masse de textes ; qu’il faille élargir le bureau aux dimensions d’un Atelier (celui ou fut fabriqué le fameux modèle de l’Hirondelle, la bicyclette que l’Abbé M*reux utilise dans la série Le Psychagogue pour sillonner l’Au-delà).
À ce moment, je saisis le vrai visage de l’entreprise. J’ai recours au sergent Briggs, qui me demande tout à trac : Qui est Le Carnoplaste ?
Je réponds : À première vue, c’est Cornélius Kramm, le Sculpteur de Chair Humaine inventé par Gustave Le Rouge. Mais il appert bien vite que l’affaire s’est compliquée. Les méandres, tant qu’ils restent du domaine de la fiction, sont fascinants ; il en est tout autrement lorsqu’ils envahissent la vraie vie. Vous voilà, vous, jusqu’ici simple aide gratte-papier, victime d’étranges mues de votre propre visage…
Ensuite ?
Vous devez assurer relecture, mise en page, démarches diverses, abandon du salariat en cours, création d’une structure, chasse aux fifrelins, distribution via un www dont la réalisation graphique vous incombe. Bien vite vous êtes en charge d’écrivains anonymes, qui finissent affublés de patronymes comme Annette Gustave-Galopin, Arnoulds-Moreau, Léon Magroc… vous êtes cerné d’illustrateurs qui se dédoublent… Vous laissez derrière vous tant de coquilles que les textes publiés deviennent littoral indicible hérissé de carbonate, phosphate tricalcique, silices & sulfate. Les corvéables se plaignent de n’être pas payés. L’êtes-vous au moins ? Pas plus qu’eux !... S’en désolent-ils ? Pensez-vous ! Ils geignent lorsque des écrivains populaires morts les pressent de questions afin de juger de leur capacité à produire du feuilleton. Les voilà coachés par des spirites !... Jugez-par vous-même : que répondre à cela (imaginez l’Atelier à peine éclairé par un crasset fumant, et les ombres des Tallandier, Ferenczi & Ollendorff qui vous narguent) :
– Te rappelles-tu ton effarement, la première fois que tu as entendu parler du savonnier ?... (Louis Boussenard - Le Secret de l’or)
– Vous l’aimez donc, votre patrie ? (Luigi Motta - L’Océan de feu)
– Où sont les femelles agiles ? Elles ont fui, abandonnant leur seigneur ? (Capitaine Mayne-Reid - En exil dans la forêt)
– C’est vous qui chantiez des mélodies si tristes en gravissant les degrés de l’escalier intérieur ? (Colonel Royet - Le Défi d’un boy-scout)
– Vous m’avez dit que vous étiez disposé à abandonner votre fortune contre votre liberté. Je vous demande si vous êtes toujours dans les mêmes intentions aujourd’hui ? (Roland d’Albret - Les Compagnons du Soleil)
– Vous m’avez déclaré qu’au moment où l’individu, qui avait procédé à l’exécution de votre père, se disposait à accomplir son horrible forfait, vous l’aviez mordu cruellement à la main gauche ? (Albert Bonneau - Catamount et les Cagoules noires)
– Trois faits lui avaient imposé son abdication scientifique : les caractères osseux des hommes de la caverne, ceux du singe hypogéal, ceux des Embryonanthropes. Mais !... Que sont les faits ?... (Louis Ronceray - La Vengeance de l’abime)
– Que craignez-vous donc ? L’entrée en lice de la Chine ? (Paul d’Ivoi - Millionnaire malgré lui) – C’est vous qui vous appelez Estagnou ? (Charles Mérouvel - Mortes et vivantes)
– Où est le Devoir ? (Henri Kéroul - Le Petit muet)
Etc., etc. Ne pas répondre ? Impensable. Le Carnoplaste, par l’entremise du sergent Briggs, leur assène qu’ils sont é-cri-vains po-pu-laires. Ne rien trouver à dire trahirait l’usurpation. Et là… Réformés, sur l’étal pour une chirurgie qui ira fouiller bien au-delà de la chair qui forme leur visage…
Edwige (effarée) – C’est cela, être éditeur de nouveaux fascicules de littérature populaire ?
Le Carnoplaste – Et ce ne sont là que les menus tourments. On ne vous parle pas du à-venir. Rien sur "Lady Wicker", rien sur les pièces de théâtre Grand-Guignol pour représentation dans votre salon, rien sur les Cover-To-Cover…
Edwige – C’est-à-dire ?
(Le Carnoplaste se tourne alors vers le Sergent Briggs, dont le bob peine à contenir les effluves psychiques.)
Le Sergent Briggs – Il ne vous a entretenu que de Douleur. Pas un mot sur l’enchantement. Pas un mot sur les épatantes rencontres, l’imagination à avoir, les démarches auprès des libraires… Les salons… Rien sur tous les amis de Facebook… Aha !...
Le Carnoplaste – Nous serons plus loquaces la prochaine fois.
Le sergent Briggs (se tournant vers Védrenne & Edwige qui dansent ensemble et s’éloignent sur le parquet talqué de la piste k-libre) – Inutile… Sont déjà partis vers une autre chronique…

Robert Darvel,
Le Carnoplaste

NdR - L'association du Carnoplaste nous a été "donnée" par "Black Mamba" et nous les en remercions grandement. Elle publie des fascicules populaires qui raviront tous les amateurs de romans-feuilletons à l'ancienne.
Liens : Robert Darvel | Le Carnoplaste | Harry Dickson n° 202 | Hebna Calde n° 2 | Hebna Calde n° 1
Par La Rédaction




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