Le Briseur d'âmes

Quand on est nègre, on n'arrive jamais à ses fins en tapant du pied et en exigeant que les autres se plient à notre volonté. Il faut réussir à gagner leur confiance et les laisser croire que tout s'est déroulé selon leurs désirs. Vous savez que vous avez réussi le jour où vous les voyez raconter dans une émission de télé qu'ils se sont levés deux heures avant leurs enfants tous les matins pour pouvoir écrire en paix. À ce stade, ils sont persuadés d'avoir rédigé le livre eux-mêmes et que vous avez simplement corrigé l'orthographe et la ponctuation.
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vendredi 15 octobre

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Roman - Thriller

Le Briseur d'âmes

Psychologique - Tueur en série MAJ jeudi 22 mars 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,95 €

Sebastian Fitzek
Der Seelenbrecher - 2008
Traduit de l'allemand par Penny Lewis
Paris : Archipel, mars 2012
266 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-8098-0642-7

Culture des peurs

Le livre maudit est un thème parfois utilisé en littérature policière ou fantastique. Le Livre sans nom en fut d'ailleurs une de ses dernières illustrations. Sebastian Fitzek avec Le Briseur d'âmes nous en offre une variante sympathique avec non pas un roman mais un manuscrit, dans laquelle les pages finales révèlent son éventuel caractère de livre maudit.

Pour créer son thriller, Sebastian Fitzek additionne les éléments nécessaires. Un tueur en série particulièrement machiavélique (celui-ci ne tue pas ses proies mais les rend folles et laisse des énigmes absconses dans leurs mains) provoque la panique. Une panique renforcée par l'incertitude liée à son identité réelle et par un narrateur amnésique qui est peut-être lui-même le tueur. Une unité de lieu, renforcée par son caractère anxiogène : un hôpital psychiatrique. Une unité de temps : une nuit de tempête et de neige qui empêche les secours d'intervenir. La jonction entre la terreur pure décrite et celle provoquée par les montées successives d'adrénaline crée une tension qui rend difficile pour le lecteur de lâcher Le Briseur d'âmes avant de l'avoir fini. Car Sebastian Fitzek sait décrire et écrire pour renforcer la panique : dans son monde clos, où les identités de chacun sont floues, où le coupable peut être n'importe qui (même pour les lecteurs habitués depuis leur lecture des Dix petits nègres la surprise est de taille). Il joue sur les peurs liées aux corps, à la maladie : nous sommes dans un hôpital, un suspect s'est auto-poignardé, un autre est blessé aux pieds, un troisième est soumis aux radiations d'un scanner, etc. La liste est longue.

Le rôle des devinettes additionné au fait que nous ne sommes pas dans un récit mais dans une expérience où des cobayes lisent un manuscrit (peut-être fictionnel, peut-être documentaire), ne crée pas une distance qui laisserait les nerfs plus libres mais au contraire en jouant sur l'intelligence du lecteur, dope encore plus son imaginaire. La mission de Sebastian Fitzek est remplie avec talent.


On en parle : Alibis n°43 |L'Indic n°12

Nominations :
Prix du Polar Sud-Ouest/Lire en Poche 2013

Citation

Elle n'était pas nue, cette fois-ci, ni attachée au vieux fauteuil de gynécologue. Le psychopathe qui la séquestrait fouillait parmi des instruments disposés sur une table d'appoint rouillée.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 13 mars 2012
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