Soudain trop tard

- Que n'y ai-je pensé plus tôt ! Ah, quel vieil imbécile ! Pas d'oligurie ! Aucun des trois ![...] Le mire avait alors expliqué à l'exécuteur des hautes œuvres que l'oligurie désignait une importante raréfaction des urines émises, signe d'une intoxication aiguë au plomb.
Andrea H. Japp - Le Tour d'abandon
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samedi 15 mai

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Roman - Noir

Soudain trop tard

Social - Assassinat MAJ mardi 09 octobre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public averti

Prix: 21 €

Carlos Zanón
Tarde, mal y nunca - 2009
Traduit de l'espagnol par Adrien Bagarry
Paris : Asphalte, septembre 2012
256 p. ; 20 x 15 cm
ISBN 978-2-918767-24-4
Coll. "Fictions"

Actualités

  • 04/04 Édition: Parutions de la semaine - 4 avril
  • 18/10 Librairie: Carlos Zanón en trois actes
  • 04/10 Librairie: Carlos Zanón au cœur de Charybde
  • 21/09 Édition: Parutions de la semaine - 21 septembre
    C'est une semaine plutôt tranquille dans le petit monde littéraire. Pour une fois les choix restent en des dimensions mesurées. La Demeure éternelle, avant-dernier roman de William Gay, est sans aucun doute le livre de la semaine avec une vision de l'Amérique de 1943, et ce même si son écriture peut déranger. Loin d'être minimaliste, elle est déliée à l'extrême avec une touche de gothique. Soudain trop tard, de l'Espagnol Carlos Zanon est une balade dans les bas-fonds barcelonais en compagnie d'amis, et c'est toute une fresque qui va être au centre d'un drame schizophrène. Le drame, il en est fortement question dans cette réédition remarquable de Nous avons toujours vécu au château, de Shirley Jackson. Le roman nous est proposé par les éditions Rivages en poche et dans une nouvelle traduction de Jean-Paul Gratias. Deux sœurs et un oncle, ultimes rescapés d'un drame élisabéthain empoisonné, vivent reclus dans une maison encerclée de villageois haineux, quand un cousin débarque et détruit le fragile équilibre. Simplement brillant. Nous n'oublierons pas non plus Clockers, de Richard Price avec son éternelle mais belle et noire immersion dans un monde américain urbain gangrené par les trafics de drogue et la corruption. Quant au reste, signalons les nombreuses parutions en grands caractères. Une semaine riche avec Arnaldur Indridason, J.-M. Erre et Élisa Vix...
    Mais vous êtes bien entendu invités à découvrir tous ces romans et recueils de nouvelles :

    Grand format :
    Le Chevalier noir, de Michel Abega (L'Harmattan Cameroun, "Lettres camerounaises")
    Dernier voyage, collectif (Luce Wilquin, "Noir pastel")
    La Demeure éternelle, de William Gay (Le Seuil, "Policiers")
    Les Disparus de Juarez, de Sam Hawken (Belfond, "Noir")
    Bloodmoney, de David Ignatius (Jean-Claude Lattès")
    Le Calice empoisonné, de Bernard Knight (Pygmalion, "Policiers")
    Mortels regards, de Michael Koryta (Calmann-Levy, "Robert Pépin présente")
    La Catastrophe, de Krystyna Kuhn (City, "Young adults")
    Morofisc, de Patrick-Jérôme Lambert (de Midi)
    Le Guide du Tuard, de Jacques Mondolini (Oslo, "Osaka")
    L'Archange est nu, de José Noce (Krakoen, "Forcément noir"
    Copycat, de James Patterson & Howard Roughan (L'Archipel)
    Au temps pour moi, de Serge Scotto (L'Écailler)
    Le Visage de la camarde, d'Alexandre Serres (Le Masque d'or, "Adrénaline")
    Infiltrée, de Taylor Stevens (Presses de la Cité, "Sang d'encre")
    Autour 2 Luna, de Ygg (Édilivre, "Classique")
    Soudain trop tard, de Carlos Zanon (Asphalte, "Fictions")

    Poche :
    Carte blanche, de Jeffery Deaver (J'ai lu, "Thriller")
    Minuit, impasse du cadran, de Claude Izner (10-18, "Grands détectives")
    Nous avons toujours vécu au château, de Shirley Jackson (Rivages, "Noir")
    Sang d'encre au Mans, de Bernard Larhant (Alain Bargain, "Enquêtes & suspense")
    Alerte rouge à Brest, de Martine Le Pensec (Alain Bargain, "Enquêtes & suspense")
    Le Commissaire Stradius : le papa soleil, de Benoît Martin (Orphie, "Policier outre-mer")
    Le Réseau Phénix, de Don Pendleton (Vauvenargues : Hunter, "L'Éxecuteur")
    Clockers, de Richard Price (10-18, "Domaine policier")
    Perfidie du crime, de Nora Roberts (J'ai lu, "Roman")
    La Mort d'Auguste, de Georges Simenon (LGF, "Policier")
    L'Ours en peluche, de Georges Simenon (Presses de la Cité, "Petits noirs")
    Partie italienne, de Laurence Vanhaeren (Le Masque d'or, "Adrénaline")

    Grands caractères :
    La Muraille de lave, de Arnaldur Indridason (À vue d'œil, "Collection 16-17")
    Le Sang de l'hermine, de Michèle Barrière (Feryane Livres en gros caractères, "Policier")
    Sous haute tension, de Harlan Coben (Feryane Livres en gros caractères, "Policier")
    Le Mystère Sherlock, de J.-M. Erre (À vue d'œil, "Collection 16-17")
    Intrigue à Venise, d'Adrien Goetz (Feryane Livres en gros caractères, "Policier")
    Les Trois crimes de Noël, de Christian Jacqu (Feryane Livres en gros caractères, "Policier")
    L'Enfant témoin, de Robert Rotenberger (À vue d'œil, "Collection 16-17")
    La Nuit de l'accident, d'Élisa Vix (À vue d'œil, "Collection 18-19")
    Liens : La Muraille de lave |Le Sang de l'hermine |Minuit, impasse du Cadran |Mortels regards |Au temps pour moi |Arnaldur Indridason |Michèle Barrière |Jeffery Deaver |William Gay |Claude Izner |Bernard Knight |Michael Koryta |Jacques Mondoloni |James Patterson |Richard Price |Robert Rotenberg |Serge Scotto |Georges Simenon |Taylor Stevens |Élisa Vix |Jean-Paul Gratias |Carlos Zanón

Si j'avais un marteau

Dans la famille Dalmau, je demande le frère. Mauvaise pioche. Dans la famille Dalmau, je demande l'autre frère. Mauvaise pioche. C'est vrai qu'ils n'ont pas grand-chose pour eux, Epi et Alex. Disons plutôt que le premier a la chance d'avoir le second et que le second se traîne le premier comme un boulet. L'un comme l'autre souffrent de graves problèmes psychologiques que l'absorption de drogue n'explique pas complètement. Quand l'un perd la tête, l'autre se met à parler à un lépreux qu'il est persuadé de voir en plein Barcelone. Et le Barcelone de Soudain trop tard n'a pas grand-chose à voir avec celui de L'Auberge espagnole de Klapisch. On est plutôt dans une cour des miracles : "dans le voisinage il ne restait plus que des tarés, des pauvres, des junkies, des ivrognes et des vieillards". Et bien qu'ils ne soient pas encore des vieillards, les frères Dalmau réussissent la prouesse de réunir toutes les autres qualités.

L'histoire se déroule sur une journée qui, comme un joli symbole, débute dans les toilettes d'un bar. Epi se précipite sur Tanveer, son ami, pour lui fracasser le crâne à coup de marteau. Le décor et le marteau sont plantés, on sent le jeune homme un peu sensible, un peu à fleur de peau, on se doute qu'il a quelques soucis. Alex, toujours prêt à aider son frère, décide de faire porter le chapeau à un Pakistanais qui a eu la mauvaise idée de passer par là. Sauf qu'Epi est incontrôlable, que leurs téléphones portables ne fonctionnent jamais, que la rumeur a d'autres avis sur le meurtre, qu'il y a tout de même des flics qui sont payés pour régler l'affaire (même s'ils ne débordent pas d'enthousiasme à l'idée de s'occuper d'un règlement de compte dans ce quartier). Une journée où la fraternité, la folie et l'amour explosent à tout bout de champ. Eh oui, l'amour. Parce que ce que l'on comprend assez rapidement, c'est que le principal souci d'Epi n'est pas la misère, l'absence de son père, la mort de sa mère, mais l'amour que lui a volé Tanveer. Le meurtre de ce dernier est la plus belle preuve d'amour qu'Epi pense pouvoir donner à Tiffany, la jeune femme qu'il aime et qui a le mauvais goût de coucher avec son ami. Tanveer, d'ailleurs, parlons-en. L'amant de Tifany, donc, mais également accro aux prostituées (moches de préférence) qu'il prend un malin plaisir à tabasser à l'arrière de sa fourgonnette, alors forcément, on a du mal à compatir pleinement.

Tiffany, Tanveer, Jamilia, Epi, Alex, Maître Malick, une géniale galerie de personnages, tous boiteux, tous avec leur clou rouillé planté quelque part, tous cherchant à survivre, les yeux hallucinés, sans trop d'espoir. On est dans le sordide et on craint le sinistre, on se demande jusqu'où va aller Zanon, s'il ne va pas franchir la ligne du mauvais goût. Mais il maintient le cap, faisant convulsionner le quartier tout au long des deux cent trente pages que dure le roman. Un début fracassant et une fin tout en tension, un roman que l'on se prend en plein visage et en plein cœur. Le marteau a visé juste. Très juste.

Citation

Peut-être a-t-il vraiment tué Tanveer. Les gens, parfois, font de drôles de choses.

Rédacteur: Gilles Marchand lundi 01 octobre 2012
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