Jeux de pouvoir

Le lac Léman était gris. La neige saupoudrait ses rives, le froid était perçant. Alberto releva son col, enfonça son bonnet et sortit de la gare. Il prit un tramway pour l'université et alla se promener près du lac, dans le parc du Bourget. Son interlocuteur avait insisté pour le rencontrer dans un endroit discret. C'était un professeur de physique russe, qui travaillait à l'université depuis quatre ans. Il connaissait bien le milieu des scientifiques de son pays, et souhaitait garder l'anonymat.
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Contenu

Roman - Policier

Jeux de pouvoir

Enlèvement - Corruption - Trafic - Complot MAJ lundi 03 décembre 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 6,6 €

John Connor
The Play Room - 2004
Traduit de l'anglais par Michèle Garène
Paris : Le Masque, mars 2012
474 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-7024-3700-1
Coll. "Masque jaune", 2537

L'esprit déviant des lois

Celui qui a le pouvoir a toujours tendance à vouloir jouer avec, à tester en ses limites. Cela vaut pour tous les corps de métier y compris celui de flics - et ce n'est pas l'actualité récente qui nous contredira. John Munro, le personnage de ce(s) Jeux de pouvoir, est un policier intègre, sans doute, mais il est souvent au bord de la légalité, prêt à quelques concessions avec les formalités pour obtenir des aveux ou cerner une piste. Il est d'autant plus sur les dents dans le présent roman, qu'on lui a confié une enquête très difficile : la jeune fille d'un juge, âgée de treize ans a été enlevée et les heures s'égrènent. Mais le pouvoir c'est aussi celui des notables locaux qui se croyant au–dessus du vulgum pecus pensent pouvoir fêter une victoire électorale en s'offrant quelques jeunes filles mineures vendues par leurs familles. Une ancienne victime se souvient des années plus tard d'avoir été violée en revoyant à la télévision l'un de ses anciens bourreaux : c'est le député local. Grosse pression sur Karen, une inspectrice qui doit découvrir les moyens de prouver les dires de son témoin tout en louvoyant avec les pressions de ses chefs.

Évidemment, les deux affaires éclatent en même temps et l'astuce de Connor n'est pas de les monter en parallèle, comme une résurgence l'une de l'autre, mais au contraire de les juxtaposer, car si la jeune fille du juge a été enlevée, ce n'est simplement qu'une conséquence de la première affaire. L'auteur manie également l'intérêt en s'appuyant sur deux éléments intelligents. Il a une connaissance pointilleuse la procédure policière d'investigation associée aux luttes de pouvoir interne sil apporte un soin extrême aux sentiments de ses personnages. La tension des situations et la tension des dilemmes moraux s'arcboutent pour montrer justement ces interstices où l'homme honnête peut basculer, où la vengeance fait perdre la mesure des choses, où la victime se sent heureuse avec son bourreau - le fameux syndrome de Stockholm. Jeux de pouvoir parle justement de ces glissements, de ce moment où le pouvoir devient coercition, où le jeu innocent devient pervers, à l'image du juge qui cache des images de pédophilie au milieu de dossiers d'enquête sur le même sujet, où le pouvoir se suffit à lui-même. Et pour parfaire l'exercice, John Connor n'offre que très peu de fioriture. Son style est basique et efficace.

Citation

Il m'a violée et il s'en foutait. Quand il en a eu fini, un autre a pris le relais, puis ils m'ont retournée et j'ai senti qu'ils me prenaient par derrière.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 19 octobre 2012
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