L'Histoire vraie des tueurs fous du Brabant

J'avais fait perdre du temps à la police. J'avais commis un délit d'effraction. Et sans doute bien d'autres choses encore.
Nicci French - Charlie n'est pas rentrée
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Cité sous les cendres
Dix ans ont passé depuis que Danny Ryan et son fils ont dû fuir Providence et la vengeance d'une fami...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

lundi 15 juillet

Contenu

Essai - Policier

L'Histoire vraie des tueurs fous du Brabant

Braquage/Cambriolage - Assassinat MAJ mardi 23 octobre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,9 €

Patricia Finné & Michel Leurquin
Préface de Julien Sapori
Postface de Patricia Finné
Paris : La Manufacture de livres, octobre 2012
320 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-35887-045-0

Massacres belges

D'après la loi belge, le 10 novembre 2015 seront prescrits les faits sanglants des "tueurs du Brabant", du nom de cette province belge encore unifiée à l'époque où furent commis leurs méfaits. "Vingt-huit personnes, hommes, femmes et enfants, abattus dans une série de hold-up et de cambriolages d'une violence inouïe commis en 1982, 1983 et 1985 en Belgique, mais aussi dans le nord de la France", écrit Michel Leurquin "tués par une bande d'hommes insaisissables et diaboliques jamais identifiés à l'heure où vous lisez ces lignes". C'est donc à un véritable travail de mémoire que se livre l'auteur qui a créé un site sur ces tueries. Il n'a pas tardé à faire équipe avec Patricia Finné, fille de l'une des victimes, Léon Finné, abattu après un petit garçon, sur un parking de supermarché alors qu'il se précipitait vers sa voiture équipée d'un téléphone pour prévenir les secours. Tous les deux ont regroupé les informations, créé des blogs, mené des enquêtes et rencontré de nombreux protagonistes. Ils ont eu aussi affaire à de bien curieux témoignages, comme le raconte Patricia Finné dans sa postface. Mythomanes ou personnes qui en savaient trop ? Vingt-sept ans après on avance dans le brouillard.

"Les méfaits des tueurs du Brabant ont été commis en deux vagues distinctes. Une première débute en août 1982 et se termine en décembre 1983, entraînant la mort de douze personnes, une seconde durant l'automne 1985 au cours de laquelle seize autres perdront la vie." Quelques mêmes armes ont été utilisées mais y avait-il deux groupes ? Après une attaque d'épicerie à Maubeuge où les hommes cagoulés blessent des policiers, c'est l'attaque d'une armurerie belge (un gendarme tué, deux blessés), celle d'un château (le concierge tué), puis le meurtre d'un chauffeur de taxi. La première attaque d'un supermarché Delhaize a lieu le vendredi 11 février 1983, aucun mort malgré de nombreuses balles tirées. Après le vol d'une Golf Rabbit, nouvelle attaque de supermarché Delhaize (un blessé), puis un supermarché Colruyt à Hal dont le gérant est tué d'une balle dans la tempe. Après le meurtre du couple de concierges d'une filature, et le vol de prototypes de gilets pare-balles, c'est le casse nocturne d'un supermarché et l'assassinat d'un couple venu prendre de l'essence à la pompe automatique, puis de deux gendarmes arrivés sur les lieux, le meurtre d'un restaurateur, d'un directeur de supermarché puis enfin d'un couple de bijoutiers alors qu'une bande était sous les verrous.

"La seconde vague est constituée de trois attaques ultra violentes qui se dérouleront en septembre et en novembre 1985 dans des supermarchés". On parle toujours de trois hommes cagoulés ou portant des masques de carnaval ou d'hommes politiques français. L'un d'eux mesure près de deux mètres. C'est lui qui a tué au moins vingt-quatre personnes. À Braine-l'Alleud, le géant tue un client qui sort, puis un autre dans le magasin. En revenant sur le parking, il tire sur un père et son fils restés dans leur voiture, le premier est tué. Les trois hommes filent ensuite à Overijse et tuent un enfant, un homme et un jeune sur le parking, un client, une caissière dans le supermarché. Huit morts en une soirée sans compter les blessés. Cinq semaines plus tard, ils arrivent à Alost (huit morts, huit blessés), sept abattus sur le parking alors que les trois hommes marchaient vers le supermarché.

Voilà, très résumée, la chronologie des faits dont Michel Leurquin va ensuite examiner les pistes, les indices, les recoupements et surtout les errements entre les juridictions qui ne parlent pas la même langue, les juges d'instruction, les polices, le manque d'expertise (surtout au niveau balistique). Un dossier "d'un million de feuillets", estime Patricia Finné. "La suppression en 2001 de la gendarmerie royale a constitué une étape fondamentale dans la transformation de la Belgique en État fédéral : elle fut incontestablement une des conséquences du fiasco judiciaire de l'enquête sur les tueurs du Brabant", écrit le commissaire de police de Maubeuge, Julien Sapori, dans la préface.

Les pistes sont toutes effarantes et les recoupements incroyables. Par exemple, l'armurier attaqué aurait développé des prototypes de silencieux volés par les tueurs, il était en lien avec une firme alimentaire vendant en fait des armes. Leurquin détaille tout : la filière boraine (des gitans sédentarisés) qui passe en jugement, le milieu de l'extrème-droite, du grand banditisme, des policiers, des ballets roses et leurs liens avec un riche pays du Moyen-Orient, le racket sur la firme Delhaize et ses implications aux USA, les pistes suédoises, bulgare, les exécutions annexes, les mercenaires, et surtout les hommes de haute taille qui auraient pu être le géant tueur.

Complot destiné à faire tomber le gouvernement ? Chaque personne suspectée amène à un autre groupe qui contient forcément un autre protagoniste. Délations, mensonges, mutisme. Seules les armes semblent être un bon fil conducteur. Mais un diagramme plutôt qu'un livre serait idéal pour s'y retrouver. Au final, voilà un ouvrage inédit et qui s'imposait en raison de l'horreur des faits mais, loin d'éclaircir le paysage, il est le reflet de l'ultime complexité des données car, si quelques noms émergent, les preuves manquent.

Citation

Quinze victimes pour cette somme dérisoire représentant un peu plus de quinze mille euros.

Rédacteur: Michel Amelin dimanche 21 octobre 2012
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page