Au revoir là-haut

Tu as fait une erreur, Stoker. Une grave erreur. Je ne parle pas de Nelson... Trois ou quatre victoires et ce sera oublié. Mais j'ai payé quelque chose que je n'ai pas eu. Je n'aime pas ça, Stoker.
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lundi 25 octobre

Contenu

Roman - Guerre

Au revoir là-haut

Historique - Arnaque - Guerre MAJ mercredi 30 octobre 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Pierre Lemaitre
Paris : Albin Michel, septembre 2013
576 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2226249678
Coll. "Romans français"

Actualités

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    Alors que les prix automnaux dévoilent leurs ultimes sélections, le Prix des Libraires, qui sera remis en mars 2014, en est à ses prémisses. Mais il demeure une constante : Pierre Lemaitre. L'auteur, "transfuge" du polar, qui a fait paraitre chez Albin Michel Au revoir là-haut, sur fond de Grande Guerre et d'arnaque, est omniprésent sur les listes des prix de l'Automne, du Goncourt au Renaudot en passant par le Femina, le Jean Giono et le grand prix de l'Académie française. Son actualité littéraire pour un ouvrage qui, désormais on peut le dire, fait beaucoup parler de lui et beaucoup couler d'encre, semble pérenne. Mais il serait ici malpoli d'oublier ses coreligionnaires (d'autant que certains sont aussi k-librés, à commencer par Céline Minard dont l'excellent western Faillir être flingué a été chroniqué en nos pages), au nombre de dix-huit, qui concourent pour l'obtention d'un prix qui en est à sa soixantième édition, et qui est organisé par la Fédération française des syndicats de libraires. Malheureusement - ou heureusement - pour Pierre Lemaitre, le prix souhaite faire remarquer un auteur francophone non récompensé par un prix majeur. L'omniprésence d'Au revoir là-haut dans les sélections automnales risque donc de ruiner ses chances pour le Prix des Libraires. C'est le moindre qu'on lui souhaite. Tout comme l'on souhaite à Céline Minard le même "désagrément" pour Faillir être flingué.

    Première sélection du Prix des Libraires 2014 :
    - Le Bleu des abeilles, de Laure Alcoba (Gallimard) ;
    - Le Divan de Staline, de Jean-Daniel Balthassat (Le Seuil) ;
    - Un pays qui n'avait pas de port, d'Isabelle Condou (Plon) ;
    - La Dernière séance, de Chahdortt Djavann (Fayard) ;
    - Manuel El Negro, de David Fauquemberg (Fayard) ;
    - Faber le destructeur, de Tristan Garcia (Gallimard) ;
    - Kinderzimmer, de Valentin Goby (Actes Sud) ;
    - La Garçonnière, de Hélène Grémillon (Flammarion) ;
    - Le Fils de Sam Green, de Sybille Grimbert (Anne Carrière) ;
    - Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre (Albin Michel) ;
    - Les Voyages de Daniel Ascher, de Déborah Lévy-Bertherat (Rivages) ;
    - Le Dernier seigneur de Marsad, de Charif Majdalani (Le Seuil) ;
    - Faillir être flingué, de Céline Minard (Rivages) ;
    - Pietra viva, de Léonor de Récondo (Sabine Wespieser) ;
    - Les Évaporés, de Thomas B. Reverdy (Flammarion) ;
    - Ormuz, de Jean Rolin (POL) ;
    - Bel-Air, de Lionel Salaün (Liana Levi) ;
    - L'Invention de nos vies, de Karine Tuil (Grasset) ;
    - La Fabrique du monde, de Sophie Van der Linden (Buchet Chastel).

    À noter que la prochaine réunion des jurés-libraires se tiendra le 4 novembre en attendant la remise du prix en mars 2014.
    Liens : Faillir être flingué |Pierre Lemaitre |Céline Minard

  • 09/10 Prix littéraire: Deuxièmes listes du Renaudot 2013
  • 09/10 Prix littéraire: Deuxième sélection du prix Jean Giono 2013

Comme un roman populaire

Un énième roman sur la Première Guerre mondiale. Certes. Après tout, qu'écrire qui ne l'a jamais été ? Erich Maria Remarque, Roland Dorgelès ou encore René Benjamin (pour ne citer qu'eux), ont placé la barre très haut. Au revoir là-haut raconte l'histoire d'hommes détruits par les tranchées, par ce qu'ils y ont vécu et par ce qu'ils y ont laissé : leur insouciance, leur jeunesse, une partie de leur corps et de leur vie. Des hommes qui ne se seraient jamais liés sans l'intervention d'un conflit mondial et de quelques tonnes de métal et de terre. Jusqu'ici rien que de très classique.

Et pourtant, Pierre Lemaitre parvient à se servir du conflit en abordant des aspects moins attendus de la Grande Guerre et des mois qui l'ont suivie : la démobilisation, la constitution des cimetières militaires et l'édification des monuments aux morts, les ravages psychologiques et les lendemains qui déchantent. Une toile de fond sinistre sur laquelle se greffe avec habilité une histoire qui se lit avec une facilité déconcertante. Les ingrédients du roman populaire, Pierre Lemaître les connaît. Les personnages tout d'abord. Henri d'Aulnay-Pradelle, le héros noir absolu, le monstre pour qui la vie des autres n'a d'importante que si elle sert ses propres intérêts. Officier carriériste donc, puis homme d'affaires peu scrupuleux, il est arrogant, prétentieux, misogyne et antisémite : "Dieu sait s'il n'aimait pas les juifs - chez les Aulnay-Pradelle, on était antidreyfusard depuis le Moyen Âge - mais leurs filles, vraiment, quelles divines salopes quand elles s'y mettaient." N'importe quel lecteur lui vouera une haine sans limite, voire éternelle. Et les (anti-)héros : Albert, jeune homme issu du peuple qui décide de prendre sous son aile maladroite Édouard, un artiste venu de la grande bourgeoisie. Il faut dire que ce dernier lui a sauvé la vie en y laissant son visage. Les deux hommes vont être unis par quelque chose qui n'est pas vraiment de l'amitié, ni même de l'amour mais plutôt un mélange de fraternité du drame et de gratitude. À la suite de ce trio, toute une galerie de personnages tels que Louise, la petite fille qui apprivoise Édouard, le maire qui rêve de placer une de ses fameuses phrases qu'il fait rouler dans sa bouche sans jamais avoir l'occasion de l'en sortir, le fonctionnaire qui se découvre un sens moral à toute épreuve sur le tard. Et Fernand, le père d'Édouard qui se découvre tardivement un amour pour cet enfant qu'il n'a jamais pris la peine de connaître.

Difficile de raconter l'histoire sans trop en dire. Disons simplement qu'il y est question de vengeance, d'arnaques nationales et de la misère des démobilisés. Pierre Lemaitre n'a pas la prétention d'avoir écrit un chef d'œuvre, mais un bon roman populaire. Nul doute que la promesse est tenue.


On en parle : La Tête en noir n°167

Récompenses :
Prix Goncourt 2013
Prix des libraires de Nancy - Le Point 2013

Nominations :
Prix du style 2013

Citation

Tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.

Rédacteur: Gilles Marchand dimanche 27 octobre 2013
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