Justice pour Louie Sam

Elle a baissé la tête. Sa main droite a effacé la cicatrice sur son poignet gauche, là où les veines étaient bien visibles. La camionnette du SAMU, les hurlements de sa mère, la colère de son père... Deux ans déjà. Tout était resté intact dans sa mémoire. Rouge vif. Avec des éclairs bleus et blancs.
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jeudi 21 octobre

Contenu

Roman - Western

Justice pour Louie Sam

Ethnologique - Historique - Faits divers MAJ vendredi 17 octobre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

À partir de 11 ans

Prix: 18,5 €

Elizabeth Stewart
The Lynching of Louie Sam - 2014
Traduit de l'anglais (Canada) par Jean Esch
Paris : Thierry Magnier, août 2014
320 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-364-74508-7
Coll. "Romans ados"

Le poids de la justice

George est né en Angleterre, et ses parents sont écossais ; mais depuis que toute la famille Gillie s'est installée aux États-Unis, à la frontière avec le Canada, ils sont tous Américains et libres. C'est ce que son père, meunier, ne cesse de leur répéter pour les aider à affronter les rudes journées de labeur et les encourager à aller à l'école. La communauté des colons est soudée et s'entraide, tout le monde se connait et chacun apporte sa contribution au confort de tous. Tout cela vole cependant en éclat le jour où George, ses frères et sa sœur découvrent la ferme d'un voisin en feu. Tentant de le sauver, ils le sortent du brasier pour mieux se rendre compte qu'il a été victime d'un coup de fusil dans la tête. Impossible donc de croire à l'accident. Témoin, George est tout comme les autres déterminé à débusquer le coupable, et tout aussi certain que l'Indien aperçu près de la ferme de la victime est coupable. Pourtant, lorsque les colons s'improvisent justiciers puis bourreaux, le jeune garçon s'insurge contre cette justice expéditive qui accable sans véritables preuves un adolescent. Il va alors affronter la vraie nature de certains habitants qu'il connait depuis qu'il est enfant, le véritable fonctionnement de la justice locale en laquelle il avait foi, mais surtout les conséquences d'une omerta sur sa vie et celle de sa famille.
Justice pour Louie Sam est un récit passionnant et édifiant sur la construction des États-Unis et sur les véritables relations que les colons entretenaient avec les autochtones. George devient adulte et souhaite donc être perçu comme tel, non seulement par Abigail, dont il est amoureux, que par les hommes de la communauté. Il prend soin de ses frères et sœurs, travaille pour gagner les quelques pièces qui lui permettront de payer le traitement de son nouveau petit frère et aide son père au moulin et aux champs. Mais ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que devenir adulte le contraint aussi à prendre ses responsabilités et à affronter le jugement des autres ; il découvre aussi que si les adultes prônent la justice et se font fort de la rendre, ils ne ni infaillibles ni incorruptibles. George en fait la cruelle expérience lorsqu'il tente de faire entendre aux autorités que Louie Sam, bien qu'ayant été exécuté, n'est pas coupable ; pire, même en prouvant que les arguments avancés par les bourreaux sont faux et inventés, c'est lui qui se retrouve persécuté car accusé d'être un traitre à sa communauté. Incapable d'accepter cette injustice, il s'expose avec sa famille à la colère des colons, puis à leur hostilité et leur vengeance. Une expérience traumatisante pour George, attristé, horrifié et révolté, mais résolument impuissant.
Elizabeth Stewart illustre, à partir de cette histoire vraie qui s'est déroulée en 1884 au Canada, que la justice ne suffit pas toujours, car reste quoiqu'il arrive dépendante de ceux qui la représentent et l'appliquent. Elle revient aussi sur la réalité de l'installation des colons aux États-Unis et de leur véritable relation aux autochtones : si certains, comme la famille de George, tolèrent, voire apprécient les Indiens, la plupart les considèrent comme des sauvages et surtout comme une menace. Arrivés d'Europe, les nouveaux habitants s'approprièrent les terres des populations autochtones au prétexte qu'ils ne les valorisaient pas comme eux l'auraient fait. En ont résulté des tensions importantes, amplifiées par des systèmes de croyances différents (menant à l'intolérance religieuse), puis des assassinats, vendettas et autres violences de part et d'autres – même si surtout de la part des colons. Ce contexte sert de toile de fond, mais également de motif explicatif de ce très beau roman, intelligemment mené et pensé, et dont les enseignements (universels) ne manqueront pas d'être entendus par les lecteurs. Encore une fois, les éditions Thierry Magnier nous font découvrir une auteur qui prend au sérieux la littérature jeunesse et ses lecteurs, et qui met sa très belle plume au service de l'enrichissement de leur sens critique et de leur culture générale. Des éditions que lecteurs et parents ne peuvent donc que remercier et saluer.

Citation

Quand on pense à tous les ennemis que les colons ont l'habitude d'affronter, qu'il s'agisse de bêtes sauvages ou des sauvages tout court, c'est horrible de savoir que votre pire ennemi se trouve parmi vous, qu'il a le visage de ces gens sur qui vous comptiez autrefois pour vous aider à vaincre l'adversité.

Rédacteur: Catherine Thiéry vendredi 17 octobre 2014
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