Le Cinéma de papa

Non seulement il ne comprenait pas cette jeunesse naufragée, mais il ne comprenait pas la jeunesse elle-même : sa fascination pour les badboys, son goût pour l'alcool, sa conception pornographique du sexe, ses bascules instantanées dans la violence absurde, son immersion dans les marais de la consommation, son émiettement en égoïsmes individuels qui la rendait incapable de se construire en grandes causes à défendre.
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Roman - Noir

Le Cinéma de papa

Politique - Assassinat - Artistique MAJ samedi 04 mars 2023

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 6,05 €

Jean-Bernard Pouy
Paris : Gallimard, mars 1999
192 p. ; 18 x 12 cm
ISBN 978-2-07-049731-3
Coll. "Série noire", 2199

Pellicule brésilienne

De retour du Brésil après la mort criminelle de sa mère, Bertrand Bernat se retrouve à farfouiller dans la maison familiale, et à triturer des boîtes de films. Son père, qui s'est suicidé des années auparavant alors qu'il était en Suisse, était un collectionneur chineur de vieux documentaires. De bobines de courts métrages en bobines de longs métrages, Bertrand va se rendre compte que cet assassinat résultait d'un but, et que la mort de son père n'était peut-être pas si simple qu'elle en avait l'air. L'intrigue quasiment picaresque concoctée par Jean-Bernard Pouy fait plonger le lecteur dans l'univers quasi-surréaliste du Barbizon des années 1933-1934 avec Picabia, Dalí, Picasso et... Trotsky. Si l'ombre moustachue-communiste plane sur tout le roman (avec l'existence quasi-certaine autant que mythique du négatif d'un documentaire volé qui passe de main en main et au titre capillotracté comme les aime le romancier, La Mort de sardine à poil), Jean-Bernard Pouy associe celles de Murnau, et de Robert-Louis Stevenson et du poète de la beat generation française David Biga dont la prose parsème cette intrigue policière. Bertrand Bernat endosse l'habit de l'enquêteur amateur. Il s'arme de la makila de son père, une canne épée, avant d'aller frapper à la porte de sa sœur, puis d'embaucher un privé qui le trahira, et de rendre des visites de courtoisie à d'anciennes relations de son père. Comme dans tout bon roman noir, il découvrira un lot de cadavres particulièrement désarticulés, certains encore chauds, d'autres rendant leur dernier souffle. Tout ça parce qu'un vieux négatif est tombé d'une étagère. Parti du Brésil, le narrateur se trimballera de Paris en Corse puis en Bretagne, y laissant plus qu'un pied. Les multiples rebondissements se confrontent à la poésie de l'écriture. Lire ce roman, c'est aussi accepter de plonger dans un manuel de l'amateur de la technique du cinéma. C'est accepter de voir défiler des images en noir et blanc. C'est prendre le risque d'être scotché à son siège. "Ni Dieu, ni maître, nitrate", en quelque sorte... Mais Jean-Bernard Pouy y va aussi du transgressif. Si Bertrand Bernat traîne un léger spleen dû à une histoire amoureuse inachevée (elle le restera malgré une ébauche sur fond de retrouvailles nues, de nez qui pisse le sang et de sexe masculin qui ne veut pas bander), il y a surtout cet acte incestueux - acte et non amour puisque amour non partagé - à la toute fin du roman entre un frère et sa sœur, histoire de panser des plaies, de penser à enterrer une vie perdue et surtout de passer à autre chose. Cette relation d'une nuit dans un Hilton sonne le glas du romantisme du roman. On revient à une certaine crudité. L'histoire est gênante même si compréhensible. Et c'est bien le nœud gordien de cette intrigue somme toute à la fois banale et foutraque : les amours interdites. Le visionnage de La Mort de sardine à poil dans les dernières pages du roman explicitera ce propos.

Citation

Tout à coup, je me suis rendu compte qu'il n'était plus vraiment question de vengeance, mais de vérité. Savoir pourquoi. Soupeser la causalité des choses.

Rédacteur: Julien Védrenne vendredi 20 mars 2015
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