L'Alignement des équinoxes

À une minute de marche de Grand central, les voici de retour dans le vieux centre, mélange de béton brut et de verre crasseux, le Holiday Inn comme une verrue, Smallbook Queensway et le Ringway Centre, longue limace incurvée abritant une rangée de boutiques tassées sous quatre étages sinistres de bureaux aux étroites fenêtres. Comment ne pas avoir l'impression, face à ce bâtiment, d'avoir été parachuté par des adversaires politiques en Russie pré-Glasnost ?
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Roman - Thriller

L'Alignement des équinoxes

Psychologique - Ésotérique - Scientifique MAJ samedi 05 mars 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Intrigue tranchante

Ce premier thriller de Sébastien Raizer s'ouvre par une scène hallucinante. Celle de Karen Tilliez, une jeune femme qui semble investie d'une mission divine, et qui décapite au sabre japonais un homme avant de se laisser arrêter par la police. Lorsqu'elle se trouve en cellule, elle discute avec Wolf et semble s'introduire dans son cerveau avant de se laisser mourir par auto-asphyxie. Et ce début n'est qu'un début, justement. Par la suite, on va voir apparaître la police des polices, une prostituée qui s'orne d'un godemichet géant pour se promener et réaliser, elle aussi, son alignement, un hacker, un psychiatre particulièrement allumé, un chef des services de la police qui entend créer son propre bras armé pour s'occuper en profondeur des nouveaux criminels. L'auteur éclate son intrigue entre divers protagonistes. D'un côté nous avons deux policiers aux marges du genre que sont Wolf, un baroudeur impénitent, et Silver, une jeune femme adoptée venant de la lointaine Asie. Ils travaillent quasiment en freelance et sont à moitié engagés dans une structure secrète de la police. Face à eux, la Vipère, un tueur mystérieux, aux motivations étranges, et qui veut réaliser l'alignement des équinoxes, c'est-à-dire créer des êtres humains nouveaux, débarrassés des miasmes de la soi-disant civilisation, en fait juste un carcan. L'auteur développe d'ailleurs une théorie très intéressante sur la civilisation et la barbarie, sur la façon dont la technologie nous enferme et tente de montrer comment nous cherchons de nous-mêmes à être asservis. Paradoxalement, c'est peut-être avec plus de technologie (un peu mystique) que nous pourrions éviter notre propre disparition.
Au début l'on songe à Maurice G. Dantec. Principalement par la volonté stylistique de Sébastien Raizer, faite d'un mélange savant, et combinée de descriptions de lieux ou de personnages, de situations étranges, de dialogues qui oscillent entre des données rationnelles classiques et des envolées métaphysiques aux confins de la science. Ses personnages sont aussi barrés que les héros de Dantec. Gavés de substance pour s'améliorer, admirateurs des armes qu'ils utilisent, ils font le grand écart entre des options zen nées du fin fond des âges et des incursions dans l'ordinateur quantique. Ce sont des samouraïs qui utilisent les caméras de vidéosurveillance et les neurotoxiques pour déformer la volonté de leurs adversaires. Le tout sur fond de musique électronique et de vieux morceaux punks. Sans doute logique quand on sait que l'auteur est aussi éditeur au Camion blanc d'ouvrages sur la musique contemporaine "bruyante".
Porté par une vision du monde, par un sens aigu de la mise en scène, par un style qui n'hésite pas à jouer de la répétition, à l'instar des musiques qui ponctuent la vie des personnages, L'Alignement des équinoxes tient haut la barre de ses ambitions. Sébastien Raizer garde la maîtrise de ses personnages et de son intrigue, ce que n'arrivait pas toujours à réaliser Maurice G. Dantec, emporté par ses visions, au détriment de l'histoire. Encore une voix neuve et forte dans le polar français.

Citation

Les couleurs de l'image étaient un peu trop contrastées et l'éclairage artificiel donnait à la pâleur de porcelaine de son visage une teinte blafarde qui ne lui rendait pas justice, mais qui faisait ressortir ses yeux et ses lèvres comme ceux des acteurs de théâtre kabuki.

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 05 mars 2016
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