L'Affaire Daval

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Essai - Policier

L'Affaire Daval

Disparition - Assassinat - Faits divers MAJ mercredi 04 novembre 2020

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16,9 €

Aude Bariéty
Monaco : Le Rocher, novembre 2020
192 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-268-10462-1

Gentil couple

Sous-titré sur bandeau noir à fond rouge : "Le meurtre d'Alexia. Les mensonges de Jonathann. Les secrets d'un couple." voilà le récit d'une affaire criminelle restée dans les mémoires pour différentes raisons. Premièrement, la joggeuse disparue a tout de suite été présentée comme sans histoire, mariée à un homme aimant, et entourée d'une famille très proche. Deuxièmement, les journalistes ont été immédiatement fébriles (joggeuse, travailleuse, dynamisme, femme en danger etc.), relayés par la famille très présente dans les médias où la mère d'Alexia (qui ressemble tellement à sa fille) apparaît comme une digne piéta, supportant son gendre en pleurs. Troisièmement, la recherche puis la découverte du cadavre ont presque été traitées en direct grâce à Facebook. Quatrièmement, les versions de l'emploi du temps de la joggeuse et de son mari ont constitué une véritable énigme. Cinquièmement, les premiers aveux du mari, puis son accusation d'un complot familial désignant son beau-frère comme l'étrangleur ont fait monter le crescendo du sordide. Sixièmement, la parole prolixe de l'avocat de Jonathann a jeté de l'huile sur le feu. Septièmement, la dénonciation sur Twitter d'une ministre (Marlène Schiappa) sur la présentation d'une femme tuée par son conjoint comme à l'origine de son agression enflamme les passions. Huitièmement, Alexia harcelait-elle Jonathann pour son impuissance, le remplaçant par des sex-toys et l'inondant de SMS hargneux alors qu'elle voulait un enfant ? Existe-t-il des hommes battus ?... On pourrait allonger encore la liste des raisons qui ont fait sortir cette affaire de l'ensemble des faits divers vite oubliés. Trois ans après les faits, ce livre d'Aude Bariéty sort juste avant le procès de Jonathann Daval qui devrait se tenir fin novembre 2020.
La journaliste au Figaro qui le signe a rencontré les protagonistes (familles de la victime et de son meurtrier, amie, voisine, avocats, juges mais aucun enquêteur). Son style informatif (lieux de vie, histoires professionnelles) tend vers l'empathie (jeunesse, adolescence, premières amours) en citant les paroles des parents effondrés, en s'attachant aux détails comme ce petit chat qu'Alexia aimait tant etc. L'enquête, en sous-texte, se focalise très vite sur l'emploi du temps de Jonathann lors de ce matin fatal (la veille, ils partageaient une raclette avec toute la famille) où sa femme partit faire son jogging après avoir pris son petit déjeuner devant une série et envoyé un texto à sa sœur (en fait c'est le mari qui l'envoya). Deux heures après le départ de sa femme, Jonathann ameutait déjà ses proches de son inquiétante disparition. Il a, en fait, tué sa femme vers une heure du matin suite à une dispute où celle-ci lui aurait reproché de ne pas vouloir de relations sexuelles, l'injuriant et le battant. Pourquoi alors a-t-il utilisé sa voiture de fonction qu'il savait équipée d'un traceur pour transporter le cadavre ? Est-ce un acte manqué ?
En lisant cet ouvrage on se pose des questions. Même si Aude Bariéty donne quelques extraits de rapports psychiatriques, ce n'est apparemment pas son propos premier. C'est l'empathie qui la guide et son corollaire : le petit bout de la lorgnette. En cela, le portrait surréaliste final de la femme transgenre obsédée par la mort d'Alexia, et qui est parvenue à s'occuper de sa tombe vient comme un cheveu sur la soupe avec ses tonnes de bons sentiments. Pourtant, ce personnage donne, là aussi, à réfléchir quant au traitement médiatique à partir de la violence faite aux femmes. Serions-nous dans une affaire de genres ? C'est donc plutôt au lecteur de parvenir à saisir, entre les lignes, la personnalité de cet homme immature. C'est un signe : on l'a très souvent appelé par son prénom (dont le doublement de la consonne finale signe l'origine populaire). Dans l'inconscient populaire, il est presque excusé. Il pleure toujours, tandis que la mère d'Alexia le console et le soutient même pour ses terribles aveux. Mais Jonathann, qui apparaît petit, mince et fragile, est en fait un redoutable sportif : il parvient sans difficulté à traîner un cadavre lesté du poids d'Alexia à travers le sous-bois. En liaison étroite avec ses beaux-parents, il se place en fils plus qu'en gendre même si, d'après les propos des parents d'Alexia cités dans le livre, ils ne lui pardonnent pas. En conclusion, L'Affaire Daval concentre tous les débats sociologiques actuels : la famille trop fusionnelle et proche est-elle un danger pour le couple ? Le sport, les séries, les bouffes en famille, les textos et Facebook sont-ils suffisants pour décrocher du boulot et véritablement souder un couple par l'Amour ? Autant de motifs très contemporains en filigrane dans ce texte d'Aude Bariéty.

Citation

Il y avait une véritable fixation sur le fait d'avoir un enfant. Alexia a pu penser que Jonathann n'en voulait pas.

Rédacteur: Michel Amelin mercredi 04 novembre 2020
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