Les Morts de la Deûle

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Essai - Policier

Les Morts de la Deûle

Social - Assassinat - Urbain MAJ mercredi 20 janvier 2021

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Tomas Statius
Paris : Jean-Claude Lattès, janvier 2021
254 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-7096-6612-1
Coll. "Les Invisibles"

Une plongée

On se rappelle cette sinistre série, entre octobre 2010 et novembre 2011, de jeunes noyés retrouvés dans la Deûle qui traverse Lille. Cinq morts : John Ani, trente-trois ans, Thomas Ducroo, vingt-six ans, Jean-Mériadec Le Tarnec, vingt-deux ans, Lloyd Andrieu, dix-neuf ans et Hervé Rybarczyk, quarante-deux ans. Citation : "Il faut reconnaître que le job des enquêteurs n'est pas aisé. Les cinq victimes de la Deûle ont peu de points communs. Tous des hommes qui ne se connaissaient pas. Tous ont disparu la nuit, après une fête, sur le chemin de leur domicile, entre 2 heures et 6 heures du matin. Tous étaient alcoolisés. Certains avaient consommé des stupéfiants : amphétamines, héroïne, cocaïne ou cannabis. D'autres pas. L'un d'entre eux était homosexuel, John Ani. Un autre sortait d'un bar gay, Thomas Ducroo. Deux d'entre eux quittaient l'appartement d'amis. Les trois autres avaient bu à l'extérieur [...]" Aucun témoin, aucune caméra de surveillance. Existe-t-il un "pousseur" ? La police penche pour des accidents. L'enquête de la police est classée sans suite en 2014 donnant le champ libre à tous les fantasmes de serial killer et autres légendes urbaines. C'est à l'occasion d'un coup de fil passé par Jérémy Mourain, skinhead en prison en 2015, qu'une de ses paroles, bien sûr écoutée par la police, devient un fil à tirer à partir des circonstances de la mort d'Hervé Rybarczyk, musicien.
Tomas Statius entreprend de nous conter son enquête à partir de cette piste. Il s'intéresse aussi au milieu skinhead d'extrême-droite dans le viseur de la police. Ce coup de fil relance l'enquête en 2015 : "la justice change tout. Exit le procureur, muté. Exit la police judiciaire. Ce sont les gendarmes de la section de recherche de Villeneuve-d'Ascq qui héritent du dossier." Le regard de la justice se tourne vers les milieux d'extrême-droite. Trois hommes seront mis en examen dont Yohann Mutte, le "parrain" de Mourain. Y avait-il des rites d'initiation pour accepter un skin dans un groupe ? L'agression d'un inconnu semblait en être une. La poussée dans l'eau glacée en était-elle une autre ? Tomas Statius est intéressé par deux choses : l'enquête criminelle mais aussi l'enquête sociologique. Son "je" apparaît très vite, et il est présent dans ses notes en bas de page et ses comptes-rendus d'entretien. Il livre aussi des bribes de sa jeunesse où il a vécu dans les quartiers de certaines des victimes. Il est impliqué par sa vie lilloise dans la vie de ces cinq victimes. Il consacre un chapitre à chacune d'elle, y insérant des témoignages de proches. Mais, il insère aussi son enquête sur les skins du Nord qui se révèle passionnante dans son détail des chapelles, des vêtements, des accessoires, des musiques, des lieux de rendez-vous, des déplacements, des méfaits, des haines, de la guerre des chefs, des bitures, et enfin des parcours qui vont conduire des adolescents perdus, en révolte, bercés très souvent par un racisme familial, dans les bras virils de gars tatoués qui vont leur apprendre ce qu'est la vraie force du groupe.
Le lecteur sent bien que les skins (et particulièrement le petit chef Yohann Mutte) sont dans le viseur de l'auteur qui tourne et retourne son enquête, perdant un peu le lecteur dans les dates et la chronologie. Si l'auteur a dressé, au début, la liste des personnes citées "par ordre d'apparition", il a omis une chronologie récapitulative claire qui aurait été bien pratique pour le lecteur ainsi qu'un plan de la Deûle et ses environs avec l'endroit et la date où on a retrouvé les corps, comme on peut en trouver sur Internet. Même si cette enquête n'est pas bouclée, le livre a déjà la valeur de nous rappeler ces tragédies et ces dangers dans lesquels baignent les jeunes en goguette dans les bars avec les drogues diverses qu'ils peuvent se procurer. La proximité des bars avec une rivière ou un fleuve (comme, on l'a vu, avec la Loire à Nantes mais aussi Bordeaux ou Rennes) constitue un danger supplémentaire. Mais on retiendra surtout de cet ouvrage l'approche empathique de Tomas Statius pour ces acteurs de l'extrême-droite.

Citation

La procédure grouille de cas d'hommes qui affirment avoir été jetés dans la Deûle par un inconnu, ou violentés à proximité du canal.

Rédacteur: Michel Amelin mercredi 20 janvier 2021
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