Meurtres et pépites de chocolat

Vous voyez à ce stade j'avais fait exactement ce que la police s'attendait à ce que je fasse si j'étais coupable – sauf que je ne l'étais pas. Ça paraît dingue, présenté comme ça, mais le seul moyen que j'avais de ne pas être condamné pour des actes que je n'avais pas commis, c'était de les commettre. Je n'avais pas le choix. Enfin, techniquement, si. Je pouvais choisir entre la survie et le suicide.
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Roman - Policier

Meurtres et pépites de chocolat

Assassinat - Gastronomie - Cosy crime MAJ dimanche 18 avril 2021

Note accordée au livre: 1 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15 €

Joanne Fluke
Chocolate Chip Cookie Murder - 2000
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Florianne Vidal
Paris : Le Cherche midi, avril 2021
532 p. ; 19 x 13 cm
ISBN 978-2-7491-6369-7

Pâtisserie molle

Bienvenue à Lake Eden, petite ville du Minnesota où il ne se passe jamais rien. (Lake Eden est le nom de la bourgade, Eden Lake le lac proprement dit.) C'est là qu'Hannah Swensen est revenue pour y ouvrir le Cookie Jar, d'après le nom d'une pâtisserie particulièrement réputée. Sa vie se passe ainsi, entre sa boutique, son chat Moshe et sa mère qui veut absolument caser sa fille. Jusqu'au jour où elle découvre Ron LaSalle, son livreur, assassiné d'une balle dans sa camionnette derrière la boutique. Seule piste, une tasse de café portant des marques d'un rouge à lèvres rare à Eden Lake. Le shérif adjoint, beau-frère d'Hannah, va lui demander de mener l'enquête. Retrouver qui porte ce rouge rare permettra-t-il de débusquer l'assassin ? Bien entendu, les choses seront un peu plus complexes...
"Les Enquêtes d'Hannah Swensen" est une série qui a mis vingt ans à nous parvenir. Oui, mais entretemps, la moulinette télévisuelle, seule arbitre des modes désormais reconnue, est passée par là (pas une de ces sacro-saintes séries télévisées, non, sinon, ce serait toutes les têtes de gondole de France et de Navarre, juste un téléfilm). En fait, ça n'a rien d'étonnant, car l'ensemble évoque souvent un sitcom des années 1960 avec toutes les obsessions de la bonne petite classe moyenne (pour le choix d'une robe, voir page 50, pour les chaussures, voir page 100 et autres détails d'une importance vitale) et ses personnages emblématiques (la mère entremetteuse, le shérif qui bien sûr s'appelle Bill puisque tous les shérifs s'appellent Bill, la haute société locale). Le tout à travers d'interminables dialogues-Ikéa et une façon toute télévisuelle d'étirer au maximum le peu d'action qu'il y a (trente page pour l'obligatoire scène où on s'introduit dans un lieu pour y trouver son propriétaire assassiné — oups, faut pas déflorer -, ce n'est pas comme si le lecteur ne s'y attendait pas dès le départ) entre deux tasses de thé. Quant à l'héroïne, elle est le plus générique possible, définie par deux ou trois vagues traits de caractère comme un personnage de série de seconde zone (et ne semble guère affectée par la découverte du cadavre de quelqu'un de relativement proche...). Évidemment, après avoir brassé des personnages inutiles à la pelle, au final, la résolution est d'une simplicité biblique avec un mobile tiré dans Le Polar pour les (très) nuls. Tout ça entrecoupé de recettes de pâtisseries diverses que nous n'avons pas poussé la conscience professionnelle jusqu'à tester (on peut saluer le travail irréprochable de traduction, la cuisine ayant son propre langage spécifique). Et comme l'auteur n'avait apparemment pas gratté assez de papier, on nous rajoute une nouvelle sans trop de rapports avec le récit. Il faut croire que ça suffit, on en est à trente romans et produits dérivés de tout poil. Peut-être que la soudaine vogue du cosy mystery, vendu comme LA dernière mode top-giga-cool venue d'Amérique (où le terme, écrit plus souvent cozy , qui existe au moins depuis soixante ans est en fait péjoratif, car il désigne le genre de produit inoffensif et aseptisé que l'on retire à la bibliothèque pour sa grand-mère) suffira. Mais si cette série a pris la poussière pendant vingt ans sur les étagères d'un agent littéraire, il y avait peut-être une raison...

Citation

Hannah aurait préféré attirer la clientèle d'une autre manière mais force était de constater que la découverte du cadavre de Ron avait un effet positif sur ses affaires. Le Cookie Jar était bourré à craquer. Faute de chaises disponibles, certains n'hésitaient pas à manger debout. En fait, tous ces gens étaient là pour connaître son opinion sur la mort prématurée de Ron LaSalle.

Rédacteur: Thomas Bauduret dimanche 18 avril 2021
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