Les Rêves qui nous restent

Elle n'était plus dans un livre que l'on peut refermer. Elle ne poursuivait plus des êtres irréels. Le danger était présent. Pas pour elle, mais pour ceux qu'elle aimait. Blanche n'en état plus à se demander comment cacher à son oncle qu'elle avait marché sur ses plates-bandes, mais comment tirer ses amis du pétrin dans lequel ils s'étaient fourrés
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Roman - Noir

Les Rêves qui nous restent

Politique - Urbain - Apocalyptique MAJ mardi 19 octobre 2021

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Boris Quercia
Traduit de l'espagnol (Chili) par Gilles Marie, Isabel Siklodi
Paris : Asphalte, octobre 2021
196 p. ; 20 x 15 cm
ISBN 978-2-36533-108-1
Coll. "Fictions"

Soleil sanglant

Boris Quercia nous a enchantés avec sa trilogie autour de son personnage emblématique Santiago Quiñones. Trois aventures classiques dans un monde hard boiled particulièrement sauvage et captivant. Avec Les Rêves qui nous hantent, l'auteur chilien nous propose un univers apocalyptique qui se situe entre l'anthologie de nouvelles Les Robots, d'Isaac Asimov, et le film Soleil vert, de Richard Fleischer (plus connu que le roman de Harry Harrison dont il est adapté). L'antihéros qui parcourt les pages de cette intrigue s'appelle Natalio. C'est un flic de classe 5 muni d'un aleka, une arme liée à sa main et uniquement à sa main. Il est aussi antipathique que le flic joué par Burt Lancaster dans Soleil vert, mais comme lui, c'est un bon flic. S'il fallait chercher un autre rapprochement, de par la fonction et l'univers, on pourrait également le comparer à Paul Héclans, patron de la crim' dans Carton blême, de Pierre Siniac.

Pourquoi parler de toutes ces œuvres alors qu'il suffirait simplement de chroniquer le roman de Boris Quercia ? Eh bien, justement parce qu'on ne peut s'empêcher d'y trouver des références, comme si le romancier s'en était emparé pour mieux se les approprier. Dans Les Rêves qui nous hantent, tout débute à la City (qui n'est pas une place financière). C'est là que vivent les citoyens de première zone. Un territoire où règne l'ordre après les événements d'Oslo (la femme du protagoniste en a été victime ; elle a même, souffrant de troubles psychiques, voire psychotiques, tué leur enfant en bas âge avant d'être internée dans un univers aseptisé du nom de Rêves Différents). Les dissidents, les syndicalistes, les contrebandiers et autres manœuvres vivent à l'extérieur, derrière les portes. L'ensemble de la City est régi plus ou moins par une classe politique dominante aidée de robots que Boris Quercia appelle des électroquants. Ils ont une apparence humaine, se comportent comme des humains (du moins en apparence) et obéissent uniquement à leur propriétaire (du moins en apparence).

Le romancier chilien va évidemment poser comme Isaac Asimov le thème de la relation entre les humains, les robots et la moralité en y ajoutant le chimique. La relation entre Natalio, le flic, et Alexio, son nouveau "tronquo" (il ne connait pas son nom mais croisera par la suite de vieux joueurs d'échecs qui l'ont côtoyé à une autre époque) va très vite se dévoiler comme particulière et quasiment humaine. D'ailleurs, le roman, formé de chapitres courts, alterne les investigations de Natalio et les "pensées" d'Alexio avec ses paradoxes. Natalio doit enquêter sur l'intrusion d'un élément perturbateur dans une usine à rêves (celle justement où sa femme est internée). Sa hiérarchie lui a déjà imposé une coupable. Alors le flic de classe 5 se met en quête de cette coupable et va plonger dans un univers pré-apocalyptique urbain, éminemment dangereux, en même temps que son monde à lui s'écroule.

Le plus inquiétant est sûrement que cette histoire se déroule dans un futur très proche et est d'une crédibilité crasse. Le lecteur, à l'instar de Natalio se retrouve à ne pouvoir compter que sur les rêves qui lui restent. Boris Quercia sans ouvrir de nouvelles brèches (qu'il ne colmatera pas non plus) nous offre sa vision noire d'un monde qui va s'écrouler. Un roman poignant et crépusculaire.

Citation

Les patients des cliniques Recycladene ne peuvent pas se passer de leurs suppléments hebdomadaires. Si c'est un coup monté par les syndicalistes ultras, c'est réussi. Les laboratoires se retrouvent entre le marteau et l'enclume. C'est pour cette raison que Rêves Différents a besoin de quelqu'un comme moi pour faire le ménage et cacher la merde sous le tapis. Quelqu'un qui soit seulement intéressé par l'argent, et qui se fout de la saleté des chiottes qu'il va déboucher.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 19 octobre 2021
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