Quand rôde la bête

Des coups à la porte l'interrompirent. Des coups, et le piétinement caractéristique d'une troupe, le cliquettement de sabres et de carabines et, avant même d'ouvrir, il sut de quoi il s'agissait : des gendarmes, leurs uniformes et leurs épaulettes perlés de pluie, les visages rouges et mouillés, tous identiques sous leurs bicornes à plumets tricolores.
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Roman - Policier

Quand rôde la bête

Social - Vengeance - Secte MAJ lundi 07 février 2022

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15 €

Laurent Maillard
Paris : Et le bruit de ses talons, octobre 2021
152 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-37912-033-6

Monstres nocturnes

Il est parfois utile de prendre les expressions au pied de la lettre. Lorsque Laurent Maillard évoque une bête, il ne métaphore pas, il ne prend pas de pincettes, il évoque une vraie bête, un monstre qui hante les forêts et les nuits, qui déchiquette ses proies et se jette, bave aux lèvres, contre les vitres des voitures. Évidemment, même s'il y a une bête, il y a également et sans aucun doute un maître derrière elle. Alors, le maître serait-il Prêcheur, ce gourou clochard (un personnage typiquement maillardesque par ailleurs) qui vit dans des entrepôts et des bunkers à proximité de la ville ? Un gourou qui prétend avoir vu la Vierge et aurait aussi parlé à une certaine Amandine. Ce dernier point intéresse plus spécifiquement la capitaine Marina Ferreira (personnage récurrent, nous y reviendrons) car Amandine est liée à un homme, un ancien juge, qui vient d'être retrouvé mort. Ce dernier était drogué au point qu'il était sans doute devenu un zombie, au sens propre du terme. En effet, dans la tradition vaudou, au départ, les zombies sont des êtres humains, privés par des drogues de leur volonté et exécutant les ordres de leurs maîtres. Et, justement, ce genre de personnages semble rôder aussi dans les banlieues parisiennes, autour des entrepôts et des lieux retirés. Y aurait-il un rapport avec le Prêcheur ? Quand d'autres hommes sont drogués et deviennent à leur tour des zombies et que l'on s'aperçoit qu'auparavant ils avaient commis des viols, des abus ou des féminicides, on commence à s'agiter dans le Landerneau policier. C'est l'occasion pour certains de mettre sur la touche Marina. Mais la capitaine a décidé que, malgré les zombies, les bêtes qui rôdent, elle ne va pas se laisser dépasser par un conte ou une histoire aux limites fantastiques.

Depuis plusieurs livres, Laurent Maillard nous raconte les aventures décalées d'une terroriste-agent secret qui essaie de survivre dans un monde qui ne correspond plus à ses repères. Vouée aux marges, aux lieux excentrés, sordides, faisant profil bas dans des endroits de la campagne profonde qui deviennent des décors d'un polar fantastique, Aurélie s'oppose souvent à une policière qui la pourchasse : la capitaine Marina. Avec Quand rôde la bête, Aurélie s'efface devant la policière qui, elle, passe en pleine lumière (si l'on peut dire ainsi pour un texte qui se déroule de nuit, dans des entrepôts, des cavernes, des caves, des forêts sombres, des trains lents peuplés de contrôleuses antipathiques). Mais c'est Marina qui prend en jeu le rôle de son ennemie intime, en devenant à son tour une paria, une femme qui tente de contrôler des événements qui la dépassent. Assistée par un adjoint dont elle ne sait s'il travaille pour elle ou transmet tout à sa nouvelle chef, une policière qui déteste Marina, la policière a fort à faire avec des sectes, des mouvements féministes extrémistes, des rivalités professionnelles, sans compter des zombies et d'affreuses bêtes rodant le noir. Même en changeant de personnage central, en "mettant en lumière" une policière souvent malmenée dans les épisodes précédents, Laurent Maillard propose une enquête et des aventures qui auraient sans doute satisfait sa rivale, pour nous offrir un nouveau volet, qui maintient le même niveau, se renouvelle, tout en se restant extrêmement fidèle.

Citation

Elle parvint à se dégager de l'étreinte d'un violent coup de crosse sur le visage. Lui explosant l'arcade. Il ne bougeait plus. Elle se dégoutait presque de l'avoir achevé comme un moins que rien.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 07 février 2022
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