Pluie, pubs et chouette hulotte

Plusieurs voyageurs ont été retrouvés inanimés après une intoxication causée par l'odeur pestilentielle de vieux fromages. Ceux-ci étaient enfermés dans une valise placée à l'intérieur d'un des casiers de la consigne. L'analyse scientifique a révélé que ces camemberts avaient, à vue de nez, au moins six ou sept mois !
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Roman - Policier

Pluie, pubs et chouette hulotte

Assassinat - Whodunit - Cosy crime MAJ mardi 08 février 2022

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 13,9 €

Ann Granger
Dead In The Water - 2015
Traduit de l'anglais par Elisabeth Kern
Paris : 10-18, janvier 2022
340 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-264-07832-2
Carter & Campbell, 4

Ce qu'il faut savoir sur la série

Dans les Costwolds, région du sud-ouest de l'Angleterre réputée pour l'exceptionnelle beauté de son cadre naturel, se love un petit village au doux nom de Weston St. Ambrose, dont la tranquillité est assez régulièrement troublée par de sordides affaires criminelles – la première du genre ayant été Mud, Muck and Dead Things (2010 ; Cottage, fantômes et guet-apens). L'inspectrice Jess Campbell – une jeune femme d'environ trente ans, à la chevelure rousse incandescente et au caractère bien trempé, faisant souvent montre d'impatience, voire, parfois, d'un flagrant manque de tact – avait été chargée de l'enquête, sous la supervision d'un superintendant fraîchement nommé, Ian Campbell. Un avenant célibataire, divorcé d'avec Sophie – elle-même en couple avec Rodney –, père d'une fillette nommée Millie à laquelle il est très attaché... Le supérieur de Jess amène, dans ses enquêtes, ses tracas familiaux et ses déchirements affectifs. Jess, elle, cultive une franche amitié avec le médecin légiste, Tom Palmer. Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver une réelle empathie pour Carter. Les deux policiers, enquêteurs efficaces et complémentaires, forment un duo propre à susciter la sympathie immédiate.

Les Petits meurtres de Weston St. Ambrose

Mike Lacey, vétérinaire de son état, est attendu à Crockett's Farm. Tandis qu'il roule à bonne allure sur la route qui longe la rivière en crue, le flux turbulent accroche son œil par intermittence. Soudain, un détail l'oblige à s'arrêter : une forme humaine, ballottée par l'eau boueuse, hélas trop loin de la rive pour qu'il puisse l'atteindre. Aussitôt il appelle la police. Mais, sur place, les policiers ne trouveront rien : le courant a entraîné le corps en aval. Il sera repêché au bas du jardin des Stewart, Beth et Neil, un jeune couple londonien installé depuis peu à Glebe House. Neil, écrivain, comptait sur l'atmosphère campagnarde pour stimuler son inspiration – mais être confronté à ce cadavre le bouleverse profondément car il connaît la victime. Enfin... il l'a entrevue au cours d'un dîner au Fisherman's Rest, le pub local. Il y avait été invité par le club d'écriture du village dont les membres venaient de suivre un de ses stages d'écriture créative. Il sait donc qu'elle est serveuse, et qu'elle se prénomme Courtney.

Une toute jeune fille aux longs cheveux flottant à la surface d'une rivière... à la différence de l'Ophélie shakespearienne, Courtney a été proprement assassinée, le cœur percé d'une longue tige métallique. L'inspectrice Jess Campbell et son supérieur, Ian Carter, commencent par interroger les Stewart. Puis le gérant du pub, Gordon Fleming, et son autre serveuse, Amy. Ainsi que les écrivains en herbe fédérés en club par Peter Possett. Une belle brochette d'individus sévèrement typés, au premier rang desquels Possett lui-même, tricotteur acharné... Entre l'institutrice au prénom aussi bizarre que ses tenues, l'ornithologue amateur passionné par les chouettes hulottes, l'enseignante retraitée à l'abord peu amène, Carter, Campbell et leurs acolytes ont fort à faire. Sans oublier le nouveau propriétaire du manoir – curieux homme que celui-là, avec ses chiens, sa fortune, ses attitudes de grand seigneur... – et le père de Courtney, Teddy Higson, un butor au coup de poing facile parlant de sa fille comme de sa "petite princesse"...

À l'aune de l'illustration de couverture, dont le titrage, les motifs simplifiés suggèrent un univers gentillet, où la violence et le tragique sont d'une manière ou d'une autre tempérés, le texte du prologue – tel que traduit en français –, oscillant entre poésie et lyrisme ironique, chantonne comme une ritournelle tintinnabulante et laisse attendre un récit policier tramé sur quelques fils sinon comiques du moins comédiques. On se dit que les "personnages vifs et acidulés" annoncés en quatrième vont le faire pétiller... Mais non. Oh certes le roman est plutôt bien organisé et entretient correctement le suspense – les séquences en rapport avec l'enquête tels que les interrogatoires, les échanges déductionnels, etc. alternent à point nommé avec celles où les différents protagonistes dialoguent, vaquent, se livrent ou méditent in petto... mais la plupart sont encombrées de passages oiseux, certaines répliques relèvent de l'art d'enfoncer des portes ouvertes – comme en témoigne la citation choisie – et nombre de dialogues, censés, à l'évidence, apporter la note de légèreté souvent associée aux cosy mysteries, s'enlisent dans l'insignifiance, ne prodiguant ni informations saillantes, ni plaisir de lecture.

En outre, les singularités marquées qui affectent certains personnages, au lieu de les rendre "vifs et acidulés", les muent en caricatures agaçantes à force d'être soulignées, réitérées et appuyées : impossible d'échapper au descriptif des pull-overs de Peter Possett quand celui-ci apparaît, toujours ornés d'un motif ridicule ; Teddy Higson ne surgit jamais sans être entouré de termes évoquant la brutalité, la patibularité ou la frayeur qu'il inspire. D'ailleurs tous les personnages, dans l'ensemble, manquent d'étoffe, de justesse psychologique, de crédibilité. Quant à l'intention comique, manifeste dans quelques scènes frôlant la farce – les boots trempées par la pluie "cuites" au four ; Teddy Higson pris en flagrant délit d'intérêt pour une émission culinaire – elle semble bien tomber à plat. Voilà in fine un roman décevant, loin de faire honneur à l'incipit prometteur.

Citation

Rien n'est jamais comme avant après un meurtre, non [...] Les crimes ont cet effet-là : ils bouleversent l'univers dans lequel ils se produisent, même pour ceux qui ne sont pas touchés de près.

Rédacteur: Isabelle Roche mardi 08 février 2022
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