En attendant Dogo

En passant près des tôles déchiquetées, elle aperçut un petit pied encore lacé dans une chaussure d'enfant.
Bernard Besson - Main basse sur l'Occident
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Tokyo revisitée
1949. Tokyo est occupée par l'armée américaine à la suite de la défaite du Japon. Dans cette métropol...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 01 juillet

Contenu

Roman - Noir

En attendant Dogo

Social - Enquête littéraire - Disparition MAJ mercredi 23 mars 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Jean-Bernard Pouy
Paris : Gallimard, janvier 2022
200 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-07-294115-3
Coll. "La Noire"

La disparition

Étienne est un écrivain condamné à être maudit, voire raté. Depuis qu'il sait écrire, il entame des romans ampoulés (le Ginsberg du pauvre) qu'il égrène ici et là tout en multipliant les pseudonymes - essentiellement moyennant une double consonne "R. R." en guise d'initiales. Quand il a pris la tangente, quitté le domicile familial, laissant un vieux couple et une jeune sœur dans l'expectative, ces derniers ont fini par le surnommer Dogo las de l'attendre et parce qu'ils manient l'ironie. Enfin, il y a de la lassitude chez ce couple, mais Simone, infirmière, se pique de le retrouver. Alors elle fouine dans sa chambre, trouve des raisons d'espérer, décrypte les écrits de son frère à la recherche d'une piste, embauche un détective privé, couche avec lui comme par désœuvrement, et parcourt la France (jusqu'en Italie) pour finir par débarquer dans le petit village de Castillon-la-Veyne (rebaptisé Castillon-L'Avenir par l'entremise de sa démocratie participative qui en a fait une communauté en autosuffisance) à la rencontre d'un vieil anar qui gère les éditions de la Nouvelle Plume. Ce dernier a imprimé des textes de son frère et garde quelques manuscrits, qui sont autant de pistes. L'image de ce frère va être alors salement écornée, et ça va être pour Simone l'heure de l'hébétude, de l'envie du renoncement, ou de la croisade contre ou pour une vérité. Pendant ce temps, partis de Lyon après l'incendie de leur théâtre, Guignol, Gnafron et Madelon, un trio venu de l'imaginaire des marionnettes, s'en donnent à cœur joie pour faire péter un peu le pays tout en discourant philosophiquement (de comptoir) et en tapant sur les gendarmes (ils ont des prédispositions artistiques). Le roman de Jean-Bernard Pouy est évidemment à l'image de ces trois personnages, c'est-à-dire grand-guignolesque. Eux, sont des héritiers de l'œuvre littéraire de ses débuts (Nous avons brûlé une sainte) et rappellent le néo-polar des grandes heures (La Nuit des chats bottés, de Frédéric H. Fajardie). Il y a de la mélancolie dans cette (en)quête littéraire qui interpelle sur la famille, la société, l'écriture tout en rappelant un certain Pierre de Gondol (1280 âmes) et l'amour en démesure de Jean-Bernard Pouy pour la truculence des phrases où l'absurde, l'ironie et la gaudriole forment un étrange trio stylistique. C'est du roman noir loufoque, et pourtant triste et désabusé placé sous le sceau de Samuel Beckett : on décèle l'écriture souvent burlesque et certaines thématiques de l'absurdité de la vie que l'on retrouve dans En attendant Godot à qui Jean-Bernard Pouy fait évidemment un pied-de-nez. C'est court et enlevé. Et ça procure une lecture jouissive.

Citation

Mon délire faisait fausse route. Aller chercher mon frère chez les ricains, impossible… La métaphore de l'aiguille dans la meule de foin était particulièrement nulle. L'aiguille dans un caniveau du Bronx tout autant. Et je parlais anglais comme une truie...

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 23 mars 2022
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page