Le Moine et le braqueur

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Roman - Policier

Le Moine et le braqueur

Politique - Social - Prison MAJ lundi 28 mars 2022

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Emmanuel Savoye
Bordeaux : Sud-Ouest, octobre 2021
406 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-8177-0865-2
Coll. "So noir"

Psychologie de la réinsertion

Dans un roman porté par deux trames chronologiques, Emmanuel Savoye nous immerge dans l'histoire politique bordelaise de la deuxième moitié du XXe siècle en même temps qu'il nous livre des réflexions sur la situation carcérale française et pose la question du droit à la réinsertion, la fameuse seconde chance. Pour ce faire, il utilise le roman policier et nous propose avec Fabrizio un enquêteur d'un type particulier. En effet, Fabrizio est plus musicien et réflexologue que détective ou journaliste. Mais les motivations qui le poussent à enquêter sont liées à la méditation et vont puiser leur source à l'occasion d'une rencontre impromptue au début des années 2010 : lors d'une randonnée, il a croisé un homme qui baignait nu dans une eau gelée. Il apprendra par la suite que c'est une technique de méditation tibétaine, le toumo. Il cherchera des informations sur cet homme, et le retrouvera à l'occasion d'un colloque où il sera question d'expérience carcérale et de rédemption. C'est à partir de cette base, de cette rencontre, que l'auteur déroule son intrigue en deux parties. Une contemporaine liée à l'enquête, et une qui suit la chronologie et la vie de Bernard Danilac, et qui débute en février 1956 quand ce dernier est déjà un enfant des rues, petit caïd amené à gravir des échelons. On suit avec intérêt son parcours, ses certitudes, sa foi en sa bonne étoile, ses petites compromissions, ses amours avec Bernadette, sa femme, qu'il a rencontrée tout minot, son intégration au SAC, ses affaires de grand banditisme, jusqu'à sa chute au début des années 1980 qui le conduira à la case prison. La trame est classique, l'écriture également mais avec un certain rythme qui amène une petite musicalité au récit. Les parallèles entre l'enquêteur et l'ancien détenu sont évidents (de la musique à la méditation en passant par les relations qu'ils entretiennent avec leur compagne). Ce qui intéresse Emmanuel Savoye c'est à la fois le point de bascule, celui de non-retour mais également, justement et paradoxalement, comment on peut contrebalancer ce point de non-retour. Son personnage de Bernard Danilac est un personnage gris, qui choisit une mauvaise pente par facilité alors qu'il aurait dû être musicien. Qui a une opinion de lui-même et qui ne souhaite pas la décevoir. Mais qui passe une partie de son temps à décevoir sa femme et à travers elle ses filles. Le tout sous les oripeaux d'une République peu reluisante et d'une bourgeoisie qui a abandonné Mauriac pour Chaban-Delmas et les magouilles dont il est plus ou moins au courant, plutôt plus que moins. Alors Bernard Danilac apprendra à ses dépens que dans ce monde où il est facile de faire sa place, seuls les puissants ne sont pas des pions placés sur l'autel sacrificiel. Ne lui restera donc qu'à retrouver une certaine voie en milieu carcéral. Le Moine et le braqueur, est à la fois un roman policier, une quête humaniste et une enquête journalistique, le tout basé sur une histoire politique à la Borsalino mais à la sauce girondine.

Citation

Bernard repense à toutes les occasions perdues de mettre un frein aux activités illicites, de partir loin sans laisser de traces, de repartir de zéro. On est venu le cueillir un soir à l'heure de l'apéro, alors qu'il n'était pas encore repassé chez lui. Il n'avait pas vu ses filles de la journée, emmenées à l'école tôt par Bernadette. Le sentiment diffus de s'être fait piéger.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 28 mars 2022
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