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lundi 28 novembre

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Roman - Noir

Antoine

Social - Prison - Faits divers MAJ mardi 05 avril 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Christian Blanchard
Paris : Belfond, mars 2022
300 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-7144-9597-6
Coll. "Noir"

Il s'appelait fait divers

Antoine Lesbourg est né sous la proverbiale mauvaise étoile, victime avec sa mère Marie de son père à l'alcool mauvais, et plus encore lorsque ses abus finissent par lui coûter son travail. Lorsque Marie commence enfin à se révolter et à vouloir partir, le tyran domestique l'agresse et Antoine, douze ans, use du couteau que lui a donné son père pour le poignarder. Trop tard : Marie, qu'il voulait défendre, est également morte. À douze ans, Antoine est envoyé dans un enfer encore pire : la maison d'arrêt, où il est le souffre-douleur des brutes de service, connaissant les coups, les humiliations et même un viol. Comment ne pas sentir la violence monter en soi ? Première lueur d'espoir, une famille d'accueil, celle de Bertrand Lincoln, à Issy-les Moulineaux. Que faire face à un adolescent polytraumatisé qui ne peut dormir qu'aux côtés de Jeff, le molosse de la maison ? Bertrand lui fait alors découvrir la boxe à l'aide d'un ami entraîneur : cette fois, Antoine le rat pourra rendre les coups. Mais sa mauvaise fortune ne va pas le laisser en paix. La vérité se cache-t-elle dans ces carnets thérapeutiques qui lui servent d'exutoire ? Mais d'où les écrit-il, d'où tient-il ce crayon qu'on lui donne et puis reprend ?

Il est difficile de résumer sans déflorer un livre qui pose une fois de plus la question : qu'est-ce qui fait un roman de genre ? (Et à k-libre, on a assez vanté cette zone grise, quelque part entre littérature dite noire et blanche où l'on trouve des pépites...) Si on part du principe que Crime et châtiment n'est pas un polar parce qu'il parle d'un meurtre, ce texte de Christian Blanchard aurait pu sans problème être publié dans une collection de "blanche" : il s'agit plutôt d'un mélodrame moderne (sans connotations péjorative, la plupart des films du grand Pedro Almodóvar sont des mélodrames et ça n'en fait pas du sous-cinéma pour autant) digne des feuilletonistes d'il y a deux siècles qui savaient concocter toute sorte de destins funestes sur lesquels le sort s'acharne. On peut y voir en filigrane la figurine typiquement roman noir du loser voué au malheur quelles que soient les circonstances. Le tout sans aucun effet facile ou putassier, sans pathos, mais avec un récit incroyablement maîtrisé qui évite tous les écueils avec une facilité déconcertante et offre des personnages crédibles en diable qui "sentent" les années 1970 sans qu'il y ait besoin de forcer le trait avec toute sortes de références. Le personnage d'Antoine inspire un peu les mêmes sentiments ambigus que la Marianne du traumatisant Meurtre pour rédemption de Katherine Giébel (qui, elle, donnait plus dans le viscéral) : au fur et à mesure que la violence se déchaîne, on ne peut que compatir à l'itinéraire de martyre d'Antoine. Mais a-t-on vraiment envie de laisser le bâton de dynamite qu'il est devenu lâché dans les rues, prêt à exploser ? Christian Blanchard est beaucoup trop intelligent (et, on présume, respecte trop son lecteur) pour donner une réponse. En tout cas, on a là à la fois de la littérature à l'os qui frappe au cœur et à l'estomac, et une maîtrise absolue du récit qui force l'admiration. Que reste-t-il à faire sinon applaudir ? (Et vous pourrez applaudir également votre humble serviteur qui a résisté héroïquement à toute tentation de citer Les Tontons flingueurs. Alors respect. Si.)

Citation

J'ai mis plusieurs jours à ouvrir ce nouveau carnet. Je n'ai pas peur de la page blanche. Tout se trouve dans ma tête. Je n'étais simplement pas prêt.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 05 avril 2022
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