L’Écrivain public

Des méchants vont dénoncer de pauvres gens en les accusant d'être hérétiques et on les jettera en prison sans même savoir s'ils sont protestants ! Chacun aura licence de tuer son voisin ou son ennemi en le déclarant suppôt de Calvin ou du Béarnais. Et les premiers qui seront dépouillés, ce sera nous parce qu'on a de l'argent !
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Roman - Policier

L’Écrivain public

Historique - Enquête littéraire - Urbain MAJ dimanche 08 mai 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,8 €

Dan Fesperman
The Letter Writer - 2016
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Luc Piningre
Paris : 10-18, avril 2019
502 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-07381-5
Coll. "Grands détectives", 5428

Grosse Pomme vérolée

Début 1942, Woodrow (comme Wilson) Cain (comme Abel et...) débarque à New York. C'est un flic intègre, obstiné et trentenaire, qui boite et qui vient d'une obscure bourgade du sud. On apprend très vite qu'il vient de se séparer de Clovis (comme le roi des Francs, mais celle-ci ne l'a sans doute pas été, franche), sa compagne, qu'il a une fille bientôt adolescente, Olivia (comme dans Shakespeare), et qu'il traine donc un background personnel et professionnel assez lourd (son équipier du sud était l'amant de sa femme et il a été abattu lors d'une intervention dangereuse des deux hommes). Pourquoi arriver dans ces conditions à New York et intégrer le NYPD et le 3e District ? Parce que ce péquenot, plutôt beau gosse et beau parleur, avait su conquérir le cœur de Clovis, une femme fatale dans son genre, fille new-yorkaise à papa. Papa qui l'avait exilée dans le sud pour mettre fin à ses frasques urbaines et nocturnes... Le papa est aimant, le grand-papa est (presque) une guimauve et le beau-papa est froid et inflexible. Il ne manque plus que le caractère professionnel de cet homme, avocat d'affaires plus ou moins véreux, plutôt plus que moins (et au cœur de l'intrigue). C'est lui qui a fait en sorte que Woodrow Cain débarque à New York en qualité d'inspecteur. Il a également fait interner sa fille pour qu'elle guérisse de multiples addictions dans une clinique privée cossue de l'État ; il ne manque plus que la présence d'Olivia, qui ne va pas tarder (avec une gouvernante).

Le très dense roman de Dan Fesperman met à jour les relations très troubles entre les différents services gouvernementaux et étatiques, et la pègre de la ville dans une période qui n'est pas moins trouble : les États-Unis viennent d'entrer en guerre. Le traumatisme de Pearl Harbor est tout frais dans les mémoires. La crainte d'espions nazis dans une population qui n'a de gênes américains que deux, voire trois générations, est omniprésente. À cette époque, la Grosse Pomme est surtout un fruit (déjà) véreux de Babel avec ses quartiers hétéroclites et sa population protéiforme. Le grand mérite du romancier est de faire intervenir un personnage atypique (aujourd'hui), celui de Danziger, un écrivain polyglotte public qui vit terré dans son antre des lettres qu'il écrit pour le vieux continent de la part d'habitants illettrés.

Tout commence quand on repêche le corps d'un homme dans l'Hudson avec tatoués deux éléments : un "L" et un "Sabine". L'enquête est confiée à Cain. L'identité du cadavre sera révélée par Danziger et mettra à jour une machination particulièrement retorse et délictueuse. Les deux hommes font équipe pendant cinq cents pages et se dévoilent peu à peu l'un à l'autre. Leurs péripéties investigatrices vont faire ressurgir des éléments corruptifs ou à la limite de l'être (en même temps que le besoin qu'a l'ordre légal de pactiser avec l'ordre souterrain parce que intégré dans un quotidien : on peut d'ailleurs mettre cet élément, vaste pierre angulaire de l'intrigue, en relation avec M le Maudit de Fritz Lang – une pègre établie et silencieuse est garante de l'ordre et de la sécurité).

Le roman est une immersion dans la vie politique, policière, militaire, portuaire, syndicale et bien entendu interlope. Dan Fesperman invite les figures légendaires de la pègre d'Albert Anastasia, le Mad Hat, qui gère l'agence Murder Corporated depuis une confiserie, à Lucky Luciano (le parrain incarcéré) en passant par Meyer Lanski (le gangster juif patriote). L'Écrivain public est surtout un ouvrage procédural épique et romanesque avec une veine littéraire appliquée. Un avant les romans de James Ellroy (du moins avant qu'il n'entame son nouveau "Quatuor de Los Angeles") sur la corruption et la collusion en moins stylé et moins frappadingue (le FBI n'est pas très vieux, la CIA n'a pas supplanté l'OSS). Plus compréhensif parce que l'on comprend que les diverses dérives n'en sont qu'à leurs premiers balbutiements. Le roman se lit d'une traite tant il est captivant. Plus que le personnage de Woodrow Cain, archétype du flic intègre esseulé qui lutte contre les nombreuses hiérarchies (et qui est attaqué de tous fronts), c'est bien celui de Danziger qui interpelle. C'est un personnage magnifique et absolument pas magnifié, qui représente quarante ans de l'histoire de New York et qui a endossé plusieurs identités. Un personnage de roman. Et L'Écrivain public est un très bon roman.

Citation

Alors expliquez-moi pourquoi ces événements se succèdent, je vous prie. On repêche Hansch dans le Hudson, mort évidemment. Quatre jours plus tard Schaller est tué. Peu après, Lorenz se fait cueillir par votre monsieur racket, Gurfein, qui est de mèche avec deux des plus grands gangsters de la ville dont l'un est incarcéré.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 08 mai 2022
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