L'Ouverture des hostilités

Je me retrouvais seul avec les quatre statues [du palais de Justice] : la force, avec une colonne dans la main, prête à intervenir ; la tempérance avec sa carafe de vin en guise de consolation quand le procès était perdu en dernière instance et qu'il n'y avait plus aucun raison d'être abstinent ; la justice, avec sa balance et son glaive, la balance dans laquelle les avocats mesuraient leurs contributions en pièces d'or et le glaive avec lequel ils frappaient ceux qui osaient contester leurs calculs ; et, tout à l'est, la sagesse, avec un serpent et un livre, empoisonnée par la connaissance, manifestement.
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Roman - Espionnage

L'Ouverture des hostilités

Politique - Tueur à gages - Complot MAJ mercredi 18 mai 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Christian Authier
Paris : Presses de la Cité, mai 2022
240 p. ; 19 x 14 cm
ISBN 978-2-258-19703-9
Coll. "Terres sombres"

À armes feutrées

Nous sommes à Toulouse en 1993. La vie pourrait s'écouler douce et paisible pour Frédéric Berthet. C'est un jeune universitaire, dont la vie se déroule sans heurts. Après avoir rompu des années plus tôt avec une amie, il la retrouve et, ma foi, de nouveaux liens pourraient bien se tisser à nouveau. Sa vie professionnelle est également zen. Mais un jour, il reçoit une demande d'un étudiant, d'origine croate. Ce dernier est lié, par sa famille, à des organisations politiques qui essaient de soutenir la lutte que mènent actuellement les autres Croates dans ce qui est en train de devenir l'ex-Yougoslavie. Un de ses oncles fournissait des réseaux pour transmettre des armes, et il disposait de documents qui auraient pu se révéler explosifs. Mais il vient d'être abattu et son neveu, jeune étudiant, est celui qui a récupéré ses papiers. Un étudiant qui a maintenant peur pour sa vie et qui vient demander de l'aide à son professeur. En revanche, ce que ne sait justement pas l'étudiant c'est que son professeur a un vieux parrain, ancien résistant et militaire qui œuvra dans l'ombre. Et c'est vers lui que se tournera Frédéric Berthet. Au sein des différents organes de sécurité français, il y a des tiraillements car si le président Français Mitterrand a demandé de ne pas trop s'occuper de cette guerre civile (même s'il serait bon de soutenir un camp), certains groupes ne l'entendent pas ainsi. Dans l'ombre, les services s'espionnent et tentent de se neutraliser. L'existence de ces papiers pourrait faire basculer le rapport de force, et chaque camp envoie des hommes pour essayer de mettre la main dessus. Tout ce petit monde, dont des gens plutôt faciles de la gâchette ou du couteau et pour qui la torture est un moyen naturel d'obtenir des informations, débarque donc au plein milieu de la ville rose. Des universitaires et des étudiants sont-ils bien armés pour arriver à survivre dans cette jungle hostile ?

Christian Authier vit à Toulouse et a déjà écrit plusieurs romans qui l'ont rapproché de l'écurie littéraire que l'on appelle "Les Hussards" (dont l'un des maîtres d'œuvre a été Roger Nimier). Style classique, volonté de distance ironique, manière de flirter avec le danger de manière élégante et risquée, en dandy, sont leurs armes de fabrique. Des méthodes que l'auteur peut reprendre à son compte et il le fait ici en virtuose. Les tueurs qui se canardent dans les rues, les vieux résistants qui posent des pièges à loups dans leur propre maison pour mourir avec panache, des allusions politiques et aux pires méfaits des réseaux de l'ombre traversent le roman. Trahisons, manœuvres basses et déloyales, complot cachant d'autre complots, tout se dévoile avec légèreté, comme sur un ton de comédie, l'auteur traitant avec la même distance les règlements de compte sauvages et les flirts les plus délicats. Il est bien évident qu'il faut apprécier ce second degré, ce traitement particulier de l'intrigue, avec la distance so British pour en savourer la substantifique moelle. Mais c'est là un met goûteux et qui reste bien en bouche.

Citation

Tout en buvant sa bière à petites lampées, il songea à Frédéric Berthet, à cette vie sacrifiée pour rien. Ce n'était pas la première fois, ce ne serait pas la dernière, il le savait. Cependant, dans ce chaos, dans ce monde où le sens commun semblait avoir disparu, où personne n'était innocent et où la justice n'existait pas, il eut le furtif sentiment d'avoir accompli son devoir.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 18 mai 2022
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