Boix-aux-Renards

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Boix-aux-Renards
Le titre du nouveau roman d'Antoine Chainas désigne un lieu, un lieu étrange, un lieu de contes et de...
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lundi 06 février

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Roman - Noir

Boix-aux-Renards

Fantastique - Tueur en série - Rural MAJ jeudi 05 janvier 2023

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Antoine Chainas
Paris : Gallimard, janvier 2023
514 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-07-285770-6
Coll. "La Noire"

Là où dansent et sautent les renards

Le titre du nouveau roman d'Antoine Chainas désigne un lieu, un lieu étrange, un lieu de contes et de mythes, un lieu sauvage, primitif ou peut-être premier. Antoine Chainas a souvent mis en scène des mythes, des scènes où la sauvagerie se stylise, où le sadisme est aussi une esthétique. Le Bois-aux-Renards est une forêt où il est possible de pénétrer mais dont il est difficile de sortir, où des habitants vivent en nomades se déplaçant de hameaux en ruines en autres édifices délabrés, des habitants qui vivent en symbiose avec la nature, où les plantes soignent autant qu'elles servent à se nourrir. Vivant entre eux, les locaux ont quand même accepté en leur sein un universitaire venu travailler sur les possibilités de domestiquer les renards. Puis il est mort, mais son assistante est restée. Une assistante spéciale car elle est liée à la région. En effet, des années plus tôt, Chloé a été victime d'un accident de voiture dans lequel toute sa famille est morte. Elle a alors été soignée par une femme de la forêt, sorte de "sorcière" ou de grande prêtresse locale qui l'a remise sur pied avant de la rendre à la "civilisation".
Tout ce monde vit tranquillement, même si on découvrira peu à peu qu'il y a parmi les habitants de la forêt des clans, des gens qui aimeraient prendre le pouvoir, qui sont prêts à tuer les vieux chefs pour prendre leur place, comme cela se fait dans les hardes animales. Ce qui va surtout créer de la tension, c'est l'arrivée dans ce Bois-aux-Renards d'un couple particulier, un homme et sa femme, qui, après des années de stagnation, se sont découverts dans le crime. Ils se promènent en camping et tuent des femmes afin de se sublimer. Mais alors qu'ils s'occupent d'une prostituée, une petite fille les voie. En s'enfuyant, ils s'enfoncent dans la forêt, une forêt où la petite fille s'est aussi réfugiée. Lorsque tous les protagonistes risquent de se croiser, que pourrait-il se passer ?

À partir de fils narratifs disjoints, de pistes diverses qui comme les rivières se rejoignent pour atteindre la mer, Antoine Chainas nous propose plusieurs romans noirs qu'il éclate et transfigure au sein d'un récit aux marges du fantastique. Nous avons le parcours d'un couple de tueurs en série au moment où d'ailleurs ils commencent à se fatiguer de leurs activités, une petite fille et sa mère qui essaient d'échapper à des tueurs qui visiblement les poursuivent pour récupérer de l'argent, un groupe d'humains qui vivent entre volonté de retour à la nature, survivalisme et besoin de calquer leur vie sur la vie animale, jeune femme qui tente d'échapper à son sort et qui ne rencontrera que désolation et mort. Tous ces fils, soudain, s'arrêtent et l'on passe à une autre histoire qui l'air de rien revient aux mêmes lieux, ce qui renforce le côté magique, fantastique, merveilleux de l'histoire. Sommes-nous dans un roman noir ? Dans un conte sauvage et violent ? Est-ce vraiment différent ? Antoine Chainas est un conteur qui nous prend par la main, nous fait chavirer avec lui dans son univers, un peu comme si nous étions hypnotisés, avant d'être soudain réveillés par une scène horrible - nous ne révèlerons rien mais le récit oscille sans cesse entre douceur et violence soudaine, une violence qui apparait parfois comme normale et logique, comme un jeu, comme dans ces cauchemars qui nous hantent régulièrement. Nous savions que derrière un conte de fées "pour enfants", il y a des horreurs mais Bois-aux-Renards élève cette expression au rang de Grand Œuvre. Une réussite qui confirme, si besoin était, la place singulière d'Antoine Chainas dans le roman noir contemporain.

Citation

S'il avait pu étirer ses lèvres qui pour l'heure n'existaient plus qu'à l'état de rature écarlate et noir, il aurait souri. Et s'il avait eu la totalité de ses incisives, il aurait montré les dents.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 03 janvier 2023
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