Je suis le fils de ma peine

Le clou de la collection, sans jeu de mots, était une série de statuettes percées de pointes de métal, de tessons de bouteille, couvertes de chaines, de fibres, de plumes souillées : des minkondi provenant du Mayombé, dans le Bas-Congo.
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Roman - Noir

Je suis le fils de ma peine

Social - Énigme - Guerre MAJ jeudi 10 août 2023

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Thomas Sands
Paris : Les Arènes, août 2022
286 p. ; 21 x 13 cm
ISBN 979-10-375-0679-5
Coll. "Equinox"

Sombre et lumineux

Voici un roman étrange. Si vous cherchez une histoire linéaire, débutant par un cadavre, puis avec une enquête, plus ou moins hachée, pour au final l'arrestation d'un coupable, vous risquez d'être déçu. Car ce roman est plus que ça et vise sans doute autre chose que cette simple trajectoire. Au départ, un capitaine, Vincent Chanaleilles. Nous allons le suivre dans son quotidien : commissariat en voie de décomposition, affaires sordides et morts qui resteront anonymes ou dont on ne pourra retrouver les assassins, policiers chargés d'assurer de basses œuvres de la politique en surveillant et frappant les gens qui manifestent légitimement, collègues qui se suicident, putes qui veulent changer de vie. Il y aura un semblant d'intrigue avec un manifestant qui, dans la chaleur des combats de rue, va tuer un gardien de la paix. C'est le capitaine Vincent Chanaleilles qui parviendra à le retrouver, mais tout ça lui laissera un goût amer. En même temps, ce capitaine de police doit faire face à son passé. C'est l'enfant d'un couple mixte entre une femme française et un homme venu d'Algérie à la fin de la guerre, homme qui a travaillé comme ouvrier puis comme petit commerçant faisant faillite avant de mourir lentement d'un cancer douloureux. Ce père, qui le battait régulièrement quand il était petit, sans doute parce que ce lien l'empêchait de repartir au pays, Vincent Chanaleilles ne l'a vraiment connu qu'à l'hôpital. Surtout il va découvrir que ce père avait un ami français, un soldat qui avait fait la guerre dans l'autre camp. Vincent Chanaleilles en saura plus en discutant avec le fils de ce Français, un homme qui visiblement en savait plus sur son père que lui-même. Et ça donnera justement lieu à des chapitres consacrés à cette guerre, à hauteur d'homme.

Dans l'atmosphère de décomposition de la France, en proie aux émeutes, aux violences, avec des autorités qui ne pensent qu'à s'empiffrer sur la bête, la trajectoire de Vincent Chanaleilles est noire. Même si les éléments rapportés pourraient faire penser à une énième redite (le policer divorcé dépressif avec un poids familial...), Je suis le fils de ma peine parvient à transcender ces "détails" pour créer le portrait attachant d'un homme à la dérive, d'un homme qui doute de sa mission, de sa place, de la façon dont le monde bouge. Chaque lecteur peut se retrouver dans ce personnage, décrit par touches successives, parvenant à laisser un peu d'oxygène pour que le lecteur ne suffoque pas, mais puisse continuer à le suivre dans un univers assez sombre. Un roman qui laisse des traces dans l'esprit et qui nous faire partager la plongée dans les ténèbres avec un final intelligent qui laisse place à un espoir possible, un peu comme Cela s'appelle l'aurore, ce vieux roman d'Emmanuel Roblès adapté au cinéma par Luis Buñuel, qui racontait une histoire sombre avant de s'achever par ces paroles prémonitoires d'espoir reprises de Giraudoux qui, après une suite de choses horribles, concluait par : "Cela s'appelle l'aurore." Thomas Sands nous livre un roman marquant et quelque part sombre et lumineux.

Nominations :
Le Noir de l'Histoire 2023

Citation

Le mal que l'on t'a fait, tu peux le pardonner. Mais le mal que tu as fait, qui pour le pardonner ? Alors j'éprouve ce moment d'extrême lucidité, de solitude, de brûlure. Désormais je ressemble à mon père. Mon exil, ma rage m'ont emporté trop loin.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 10 août 2023
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