Le Fils du père

Je ne sais comment je gravis la colline et me retrouvai devant la grande bâtisse blanche. Gérard de Nerval me faisait signe de le rejoindre. Comme il s'inquiétait de ma pâleur, je lui annonçai que la police tenait l'assassin de Flore. Sans un mot, il m'attira vers lui et me serra longuement dans ses bras.
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Roman - Noir

Le Fils du père

Historique - Social - Domestique MAJ mercredi 11 octobre 2023

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Victor del Árbol
El Hijo del padre - 2021
Traduit de l'espagnol par Émilie Fernandez, Claude Bleton
Arles : Actes Sud, septembre 2023
366 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-330-18121-5
Coll. "Actes Noirs"

Gènes sans plaisir

Quoi qu'on fasse, on est toujours condamné à marcher dans les pas de son père. Parfois, en suivant ses traces, parfois en essayant de s'y opposer et de se frayer un autre chemin. C'est parfois juste le métier que l'on reprend, juste une attitude, une façon de pencher la tête ou de prononcer une phrase. Parfois c'est plus important et cela peut tourner au noir. En Espagne, le XXe siècle a été marqué par une violence prégnante. Des rébellions, des contre-révolutions, des vengeances sordides ont ponctué la vie des villes et des villages. L'un des premiers membres de la famille de Diego a ainsi vu des amis et des gens de sa propre famille se faire lyncher. Lorsque la République est arrivée, il a pensé pouvoir se venger mais, très vite, les forces de réaction ont repris le dessus. Le grand-père a vécu la guerre civile, a dû s'engager dans les troupes espagnoles parties aider les nazis à envahir la Russie. Revenu en Espagne, il a transmis à son fils cette tension et cette violence, allant jusqu'à tout faire pour réussir et acheter la grande maison de la famille ennemie, y compris en passant par la légion étrangère et des métiers dont on ne saura peu mais dont on se doute bien que la légalité n'est pas la qualité première. Puis, le petit-fils a voulu quitter cet univers, devenir un universitaire mais peut-on vraiment échapper à l'hérédité, à la tradition, au poids des mentalités et de ce qu'on a vécu enfant ?

L'histoire est racontée de manière fragmentaire, déjouant la chronologie, pour passer d'une génération à l'autre et montrer à la fois comment il est difficile de s'affranchir des ambiances familiales afin de construire sa propre voie et comment le fils, de toute façon, a aussi besoin de l'approbation paternelle, de lui renvoyer une image qui lui permettra d'être aimé en même temps qu'il doit comme père à son tour aimer son fils. Dans un monde espagnol, peut-être un peu plus machiste que le nôtre (ce qui resterait à prouver), nous suivons ces trois générations, chacune confronté au problème évoqué par le titre et qui touche sans doute un grand nombre de gens : comment nous installer dans notre filiation, comment la poursuivre ou la nier, comment vivre sa propre trajectoire. Décrit avec soin, s'appuyant sur les périodes historiques d'une Espagne rude, capable de raconter avec le même sens du détail la vie d'un soldat espagnol coincé par l'Armée rouge au fond de l'URSS, d'un universitaire qui prend de jeunes maîtresses pour des jeux sexuels violents, Le Fils du père parle du monde, de la vie quotidienne, avec un regard d'auteur noir, fort et prenant, même s'il s'éloigne des canons du genre. Dans ce nouveau roman de Víctor del Árbol pas de policiers, d'enquête, juste une vengeance, la tragédie, la violence, la sauvagerie, qui traverse les époques en un fondu hypnotique.

Citation

Maintenant, tout cela me semble irréel. Comme si c'était arrivé à un autre, pas à moi. Martin Pearce m'a aussi arraché ça, ma vie. Quand je tends la main pour la saisir, il n'y a que du sable entre mes doigts.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 11 octobre 2023
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