Bobigny 1972

Mais jamais je n'aurais imaginé le rencontrer là, à poil, le sourire jusqu'aux oreilles, et sortant à quatre pattes d'une tente après avoir baisé mon ex-femme.
Carlos Salem - Nager sans se mouiller
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Éclipse totale
Harry Hole a été exclus de la police, ce qui ne l'empêche pas de couler des jours heureux, bouteille ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

jeudi 29 février

Contenu

Bande dessinée - Policier

Bobigny 1972

Historique - Social - Prétoire MAJ mercredi 17 janvier 2024

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 25 €

Marie Bardiaux-Vaïente (scénario), Carole Maurel (dessin)
Grenoble : Glénat, janvier 2024
192 p. ; illustrations en couleur ; 27 x 20 cm
ISBN 978-2-344-04566-4

Combat incessant

Avec Bobigny 1972, Marie Bardiaux-Vaïente (scénario) et Carole Maurel (dessin), reviennent sur un procès qui s'est montré déterminant dans la lutte pour la légalisation de l'avortement en France. Elles proposent un déroulé déstructuré intéressant ainsi qu'un condensé du pouls de la société de l'époque, et montrent que le combat des femmes à jouir de leur corps est un combat de tous les instants. Tout débute en 1972, dans les rues nocturnes d'une ville de banlieue parisienne. Une voiture de police réussit à intercepter une autre voiture conduite par un certain Daniel. Au commissariat, il est mis devant les faits : vol de voiture, refus d'obtempérer, délit de fuite, mise en danger de la vie d'autrui. Plutôt que d'affronter les foudres de la justice, il accuse Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de quinze ans qu'il a violée, d'avoir illégalement avorté. Le lendemain, à 6 heures du matin, la police débarque à la porte de l'appartement de la famille (Michèle, la mère, est une ancienne fille-mère, elle élève seule ses trois filles à qui elle a réussit à offrir un poste de télévision dont il faudra plus tard se séparer). Au commissariat, la mère et la fille, entendues séparément, reconnaissent les faits. Elles vont être jugées.

Pour Marie-Claire, ce sera le tribunal pour enfants. L'assurance d'un procès tenu à huis-clos. Ce que le procureur ne sait pas, en revanche, c'est que Maître Gisèle Halimi va assurer la défense et qu'elle va étayer sa défense sur deux axes principaux : le droit des femmes à faire ce qu'elles entendent de leur corps et la lutte inique des classes jusque dans la cour de justice de la République. Vont alors défiler devant la cour (composée de quatre hommes) les principales actrices de ce drame (Daniel est étrangement absent, ce que remarque Maître Gisèle Halimi) dont Micheline Bambuck, qui a pratiqué l'avortement, après avoir été contactée par un bouche à oreille solidaire, et Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire, pour qui son enfant doit pouvoir choisir sa vie. Mais outre la prose militante et parfaitement étayée de Gisèle Halimi, ce qui surprend c'est la qualité des témoins de la défense. Vont en effet défiler à la barre d'un procès hors-norme Delphine Seyrig, militante qui a été à l'étranger avorter et qui aide les jeunes femmes à avorter, Claude Servan-Schreiber, exposant ses privilèges de femme bourgeoise qui a avorté à l'étranger, le professeur Jacques Monod, prix Nobel de médecine, qui s'explique à la fois sur ce qu'est un fœtus et sur ses convictions personnelles, Michel Rocard, député porteur d'un projet de loi destiné à modifier la législation sur l'avortement, Simone de Beauvoir, qui va parler de l'oppression des femmes, le professeur Milliez, catholique convaincu mais pratiquant l'avortement. Et alors que le Président râle contre les journalistes qui révèlent les débats, Françoise Giroud s'en donne à cœur joie dans L'Express. Mais toute cette pression sera-t-elle productive à l'heure de rendre le jugement ?

Les deux auteures déstructurent donc le récit pour le rendre plus compréhensible et tenir compte de l'état de la société de l'époque. Cette très belle docu-BD se pare de pages entièrement sépia pour revenir sur le passé non malheureux des actrices du drame. Il y a même la naissance de la vocation de Gisèle Halimi, en Tunisie en 1938, quand elle refuse de faire les lits de ses frères sous prétexte qu'elle est une fille. Une première lutte gagnée pour le féminisme. Il y a aussi en parallèle l'Appel des 343, la création de l'association Choisir. Mais il y a aussi les pages sombres quasi mutiques du viol et de sa préméditation par Daniel. Carole Morel n'hésite pas cependant à emprunter à Roy Lichtenstein pour des pages où son pointillisme est reconnaissable. Mais ce qui fait sens, surtout, c'est que son trait et la teneur des pages semblent aller vers l'épure. C'est d'autant plus flagrant au rendu du procès énoncé par le juge Joseph Casanova (les auteures en dressent le portrait contrasté d'un homme d'un autre temps qui entend l'évolution de la société sans pour autant la comprendre entièrement), puis après le verdict par le passage devant l'Assemblée Nationale de la Loi défendue par la ministre de la Santé, Simone Veil. C'est alors que la bande dessinée est plus lumineuse que jamais, se concluant par deux face-à-face contrastés porteur d'espoir.

Illustration intérieure


Citation

Maître Halimi, si vous faites venir toutes les femmes à la barre, on y sera encore à la fin de l'année !

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 17 janvier 2024
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page