Tor : treize maisons et trois morts

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Essai - Policier

Tor : treize maisons et trois morts

Rural - Montagnard - True crime MAJ mardi 27 février 2024

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Carles Porta
Tor, tretze cases i tres morts - 2005
Traduit du catalan (Espagne) par Marc Audi
Paris : Marchialy, septembre 2023
324 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-38134-047-0

Dans l'ancien monde qui survit

À la frontière entre l'Espagne et Andorre, une petite montagne avec un village de quelques habitants, Tor. À la fin du XIXe siècle, pour éviter le morcellement des terres et le passage sous une autorité communale, les treize familles qui vivaient là, et surtout les plus importantes, ont opté pour une forme juridique différente : les terres appartiennent aux familles qu'elles gèrent ensemble, seuls pouvant prétendre à y vivre ceux qui y résident à l'année. Si, au début, cela peut fonctionner dans une Espagne très rurale, au fil du temps, les enfants, devant l'isolement et le manque de progrès (visiblement l'électricité n'est pas encore arrivée au village), sont partis vivre en ville. Certains en ont profité pour accroître leur emprise. Il y a eu notamment l'un d'eux, un sauvage, nommé Sansa, qui a réussi à s'enrichir par diverses petites magouilles et en s'appuyant sur des marginaux qu'il logeait sur place et qui étaient ses sbires. C'est là que survient réellement le premier accroc : deux gardes du corps embauchés pour régler les problèmes par un des derniers propriétaires locaux sont abattus dans une rixe. Des tensions apparaissent avec des promoteurs qui ont investi dans la montagne pour construire des résidences secondaires proches des pistes de ski. De plus, la montagne dispose d'un chemin entretenu qui sert surtout aux contrebandiers faisant leurs courses en Andorre puis revendant en Espagne, contrebandiers qui paient une sorte de péage informel à Sansa. Les choses se compliquent lorsque Sansa est retrouvé mort chez lui. Bizarrement, alors qu'il loge de nombreuses personnes, il n'y avait aucun habitant chez lui pendant plusieurs jours, voire semaines, et le corps laissé longtemps seul, est très difficile à autopsier : mort naturelle, suicide ou crime ? Rien n'est bien net. Afin de réaliser un reportage d'une heure, une équipe de télévision vient enquêter et soulèvera plus de questions qu'elle n'apportera de réponse dans cette terre de paysans taiseux.

Tor : treize maisons et trois morts n'est pas un roman mais un journal de bord tenu par Carles Porta, le journaliste qui organisait la création du reportage. S'appuyant sur des témoignages des différents protagonistes, de ceux qui furent accusés avant d'être innocentés, sans que l'on sache bien si, finalement, ils étaient aussi blancs que cela dans l'histoire, sur des documents plus anciens, sur des rumeurs et des recherches que la police n'avait pas menées, le livre évoque un faits divers qui reste encore aujourd'hui sans solution, tant les haines locales, les interactions avec des acteurs liés plus ou moins aux univers criminels (des promoteurs immobiliers internationaux, des Russes, des contrebandiers) pour montrer qu'à coté de nos sociétés démocratiques que l'on croit civilisées ou au moins pacifiées, il reste des poches de sauvagerie (et pas forcément uniquement chez les nouveaux arrivants !). Description d'un monde rural, aux haines séculaires profondes, un monde que les gens de plus de soixante ans ont encore connu lorsqu'ils vivaient dans la France profonde mais que les urbains modernes doivent moins connaître, l'ouvrage de Carles Porta décrit avec soin, avec ses zones d'ombre, ses mystères, ses rumeurs, ses rancœurs recuites, un univers violent, que certains qualifieraient de médiéval. Un travail de qualité, journalistique mais se lisant comme un roman, où l'absence de solution finale n'est absolument pas un problème.

Citation

Les mois de juillet, à Tor, sont tragiques. Depuis 1800, les événements qui ont maculé de sang la vie de ce village de treize maisons des Pyrénées de Lleida se sont produits en juillet. Josep Montané fut assassiné un jour de juillet 1995, quelques mois après avoir été déclaré seul maître de la montagne la plus disputée des Pyrénées.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 27 février 2024
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