La Douleur des morts

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Roman - Noir

La Douleur des morts

Social - Vengeance - Urbain MAJ mardi 09 avril 2024

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 11 €

Hervé Le Corre
Pau : Cairn, mars 2024
224 p. ; 18 x 12 cm
ISBN 979-10-7006-377-4
Coll. "Du noir au Sud"

Vengeance d'un père

Il y a quelques décennies, avant qu'Internet ne devienne incontournable, les politiques et industriels français avaient tenté de lancer une première version de communication en réseau avec le Minitel qui permettait de faire la liaison avec des sites qui commençaient souvent par 3615. Très vite, comme pour Internet, ce réseau informatique a été principalement occupé par des sites érotiques. Et ça a été une révolution aussi pour les prostituées et le monde interlope qui gravitait autour. On utilisait le système soit pour de longues conversations qui coûtaient cher aux utilisateurs soit pour préparer des rendez-vous. Le Minitel est un objet au cœur de ce premier roman de Hervé Le Corre paru en 1990 à la "Série noire" chez Gallimard. Tout commence avec Louis Lorenzo, un homme proche de la retraite. Sa femme est morte et il ne lui reste plus que sa fille, une fille qui mène sa propre vie. Or, sans qu'il le sache, cette jeune femme est une nymphomane qui s'active sur les sites du Minitel et dans la réalité physique, filmant même parfois ses ébats. Seul problème : elle vient d'être découpée en morceaux par un tueur un peu fou. Est-ce pour sa vie dissolue ? Est-ce par un amant de passage né d'une rencontre fortuite sur les réseaux ? Ou bien est-ce lié à ses activités particulières ? Toujours est-il que Louis décide d'enquêter et de débusquer le coupable dans la jungle des villes. Une enquête difficile, mouvementée, d'autant plus que certains qui ont été filmés n'aimeraient pas que leurs images soient diffusées, ayant fort à perdre de la mauvaise publicité qui en résulterait. Mais peut-on faire d'omelette sans casser des œufs ? Louis n'est pas du genre à abandonner, même si il se rend vite compte qu'il n'a plus forcément l'âge pour agir et que travailler aux impôts n'aide pas à exercer son physique...

Hervé le Corre s'est imposé, et avec justesse, comme un auteur impressionnant du monde des littératures policières et sociales. Les amateurs pourraient avoir le sentiment que sa carrière a commencé avec les éditions Rivages, mais il avait commencé par quelques petits bijoux noirs à la "Série noire" du temps où elle était publié en poche. Si Du sable dans la bouche, l'un de ses premiers titres, était ressorti en poche chez Rivages, que Les Éveilleurs avait republié Les Effarés, il restait à remettre devant les nouvelles générations de lecteurs son premier roman. C'est ce qu'a décidé de faire Cairn dans sa collection "Du noir au Sud", sans nettoyer le texte ou lui donner une nouvelle version, avec cet aspect minitel "daté" qui lui donne du charme (désuet) comme on en retrouve chez d'autres auteurs encore plus classiques avec des enquêtes sans téléphones portables ou ADN. Et ça fait du bien, beaucoup de bien, de reprendre, de relire ce roman qui n'a pas pris une ride et nous rappelle le désespoir et la noirceur qui empreignent l'œuvre de Hervé Le Corre. Porté par une description fine d'un être complexe, entre sensibilité et caractère parfois borné (on imagine parfaitement une version cinéma avec un acteur "monolithique", minéral, comme Clint Eastwood), le récit se déroule, implacable, d'un début classique à une fin logique, sans qu'il soit possible de lâcher le livre. On se dit qu'ils ont bien de la chance, ceux qui vont découvrir ce roman, surtout qu'il survit plus que facilement à une relecture trente ans après (et l'on s'étonne même qu'il nous en restait des images fortes : une ville la nuit, un Bordeaux sous la pluie incessante, des néons clignotants, des boîtes à partouzes, la détresse d'un père et sa rédemption possible). Peut-être même qu'un éditeur retrouvera l'envie de ressortir Copyright, qui joignait à une enquête policière des éléments de science-fiction, ce avec quoi l'auteur vient de renouer dans son dernier et magnifique Qui après nous vivrez.

Citation

Je sentais bien qu'elle acceptait à contrecœur, qu'elle ne me parlait que pour répondre à mes questions de père encombrant ; aussi avais-je espacé les appels, et renoncé pratiquement à l'inviter. Je rongeais mon frein tout seul, j'essayais de m'habituer à cette séparation d'avec elle en invoquant la liberté de chacun de mener sa propre vie, quelle que fût la solitude que cela impliquait.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 09 avril 2024
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