Algérie, 1988. Une petite ville au bord du Sahara qui vivote entre une police assez calme, des petites activités normales malgré des criquets qui perturbent et des problèmes de nourriture. Évidemment, il y a des tensions, des volontés de soulèvement. Tout n’est pas rose mais reste sous contrôle. Dans cette ville, nous allons suivre différents personnages : Hamid, un policier marié, qui croit en son métier, mais est bien embêté car, pour tromper le quotidien un peu lourd avec sa femme, il regarde un peu trop près Zakia Zaghouani, la chanteuse de l’hôtel Le Sahara. Il y a eu dans cet hôtel une sombre affaire avec une autre locataire tombée de la fenêtre sans que l’on comprenne bien s’agissait réellement d’un accident (surtout qu’une députée avait elle aussi été impliquée dans l’histoire). Il y a aussi un jeune homme qui tente de survivre en tenant un vidéo club, louant des cassettes, y compris parfois des vidéos pornographiques diffusées à de petits groupes d’amateurs et parfois même des magnétoscopes pour pouvoir regarder les films. Quand la police découvre Zakia Zaghouani morte, assassinée, son corps abandonné dans un coin paumé de la ville, Hamid est chargé de l’enquête. Sur elle, un reçu qui prouve qu’elle avait emprunté un magnétoscope. Dans sa lutte avant de mourir, elle a perdu une boucle d’oreille, mais où se trouve cet indice ? Bachir, son compagnon, est incarcéré. Deux enquêtes vont se dérouler afin de cerner la vérité : celle d’Hamid et celle de Noura, l’avocate de Bachir.
Saïd Khatibi nous emmène à la découverte d’une enquête où chacun marche sur des œufs, où la culpabilité pourrait révéler des fractures entre les différents groupes qui contrôlent la ville, entre les anciens du FLN et les nouveaux ralliés, sans compter les opportunistes de tous bords qui s’agrippent à leurs petits privilèges. Le récit est construit avec une succession de chapitres qui permettent de suivre les différents protagonistes, leurs interactions, leurs questionnements et les raisons qui peuvent les pousser à éviter que la vérité ne soit révélée car elle pourrait les éclabousser. Au final, il y aura bien une résolution, mais le roman explore aussi les derniers mois d’un calme relatif avant que la guerre civile qui va ensanglanter le pays ne survienne. Cette atmosphère avant le chaos est rendue avec soin dans un microcosme fermé, une petite ville à l’écart du monde. C’est classique dans le polar, c’est efficace, et tout l’arrière-plan de la situation algérienne est parfaitement décrit. Une bonne surprise.