Notre homme à Washington

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jeudi 03 avril

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Essai - Espionnage

Notre homme à Washington

Politique - Corruption - Infiltration MAJ lundi 17 mars 2025

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Régis Genté
Paris : Grasset, octobre 2024
218 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-246-83668-1

Make Putin Great Again

L'histoire commence au début des années 1970. Désireux de s'implanter durablement chez l'ennemi américain, le KGB envoie des centaines d'agents infiltrés pour repérer et "cultiver" des personnalités capables de constituer des ressources. Parmi celles-ci, un jeune entrepreneur immobilier sans scrupules, proche tout comme son père de la mafia italienne : Donald Trump. Ambitieux, le jeune Trump aime le clinquant, la puissance et se gorger de son importance présumée. Il va donc devenir le centre d'un important réseau d'influence fait d'agents du KGB, d'oligarques et de mafieux russes qui le conduisent, consciemment ou non, à prendre des positions ouvertement pro-russes. À partir de son mariage avec sa première épouse tchèque, qui n'a pas échappé aux regards du STB, le "petit frère" du KGB, Trump ne va cesser d'être aidé, soutenu et même plusieurs fois sauvé financièrement par ses partenaires russes. Prêts avantageux, acquisitions à prix largement surévalué de ses propriétés, dont quantité d'appartements dans ses Trump Towers, tout est fait pour que le magnat se sente à l'aise avec l'URSS et ses dirigeants d'alors. Le nœud coulant se resserre probablement à l'occasion d'un voyage à Moscou en 1987, organisé par une agente du KGB sous couverture à l'ONU, qui promet à Trump monts et merveilles, et de fabuleuses opportunités de "deals" qui ne se concrétiseront jamais.

Dès lors, comme le démontre avec brio Régis Genté, journaliste spécialisé sur la Russie vivant depuis plus de vingt ans en Géorgie, les liens entre Trump et ses soutiens occultes russes n'ont cessé de se renforcer avec la chute de l'URSS et la volonté pour l'ex-KGB de transférer une fortune monumentale à l'Ouest. Une nuée de personnages troubles, russes comme américains, entourent le "milliardaire" (en réalité continuellement au bord de la faillite et qui n'hésite jamais à mentir sur sa fortune), le flattent et le courtisent, tirent parti de son énorme besoin de se sentir important, supérieur à cette classe politique et financière bien-pensante qu'il exècre. S'appuyant sur quantité d'entretiens réalisés des deux côtés de l'Atlantique, Régis Genté signe une enquête méticuleuse où se croisent espions, mafieux, conseillers occultes, mais également la Deutsche Bank ou Wikileaks, et analyse comment cette influence russe, constante, colore la pensée géopolitique du président américain et le pousse à se distancier de l'OTAN, à ignorer quatre-vingts ans d'alliances passées et à se rapprocher de régimes illibéraux dont la manière de faire, brutale, personnelle et sans limites, le fascine. Écrit quelques mois avant le résultat des dernières élections américaines, Notre homme à Washington prédit, avec une précision qui glace les sangs, exactement l'action que Donald Trump, obsédé par les "deals", est en train de mener sur la scène internationale, vis-à-vis de l'Ukraine, de l'Europe ou de la Chine. Passionnant de bout en bout, ce reportage se lit comme un thriller, évoquant (hélas) le meilleur des romans d'espionnage. Pour autant, il n'affirme pas que Trump est un agent de Poutine, ni que ses décisions sont prises sous la contrainte, se contentant d'éclairer, point après point, les multiples arrangements qui le lient au pouvoir russe et à ses réseaux criminels, et offre une lecture édifiante afin de mieux comprendre une réalité que les principaux protagonistes du récit tentent quotidiennement d'étouffer sous des flots de désinformation.

Citation

En 2016 , le Kremlin a choisi : Donald Trump est son candidat. C'est une évidence. Les Russes partagent avec lui une certaine vision du monde antidémocratique ; ils comptent dans leurs réseaux des dizaines de personnalités liées en affaires ou même amicalement avec le businessman ; leurs officiers de renseignement le cernent depuis près de quarante ans. Mieux, il peut semer le chaos dans la démocratie et les institutions américaines.

Rédacteur: Jean-François Micard lundi 17 mars 2025
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