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Grand format
Inédit
Tout public
298 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-8129-4040-8
Coll. "Vents d'histoire"
La merveille aux trois noms
Hippolyte Salvignac est un antiquaire parisien du début du XXe qui a déjà vécu plusieurs aventures à caractère policier. Son plus cher ami n'est autre que Jules Lerouet, un officier de police qui a dû démissionner et travaille depuis pour une équipe de détectives même si cela ne lui plait qu'à moitié. Et Jules Lerouet a un lourd secret car il est l'enfant illégitime d'un couple dont l'homme a fui ses responsabilités pour partir en Orient. Le bruit qui court est qu'il serait mort dans un naufrage. Des années ont passé depuis cette noyade et nous sommes en 1913. Les nuages s'amoncellent pour annoncer la Première Guerre mondiale. L'oncle de Salvignac s'est pris d'affection pour Lerouet et c'est un homme riche. Le détective vient d'apprendre que son père ne serait pas mort et qu'il vivrait quelque part au Soudan, du moins il y aurait là un Français ayant échappé à un naufrage et qui se serait enrichi sur place. L'oncle, qui veut s'amuser une dernière fois avant une mort prochaine, décide de financer le voyage jusqu'au Soudan, pour y retrouver le père. Salvignac les accompagne. Mais à peine arrivés sur place, ils découvrent que le père vient de décéder. Sa mort est suspecte et il existerait un testament car l'homme était très riche. Quelques papiers laissent comprendre que c'est bien ce père recherché, même si, entretemps, il a laissé une seconde famille sur place dont un deuxième fils, un jeune arabe, extrêmement révolté contre les injustices et les forces coloniales. Le seul moyen de retrouver le testament est d'aller en chercher une copie chez un usurier turc, vivant à Istanbul, et qui était le banquier du défunt. Alors qu'ils se mettent en route, en soupçonnant plusieurs personnes d'avoir pu assassiner le père et/ou voler son testament, les deux amis découvrent que le deuxième fils est sans doute déjà parti pour la capitale turque. Le voyage devient périlleux car il y a de nombreux conflits dans la région entre les Turcs et leurs anciennes possessions en Europe, et la Russie qui veut s'emparer de Constantinople, lieu de passage obligé de leurs vaisseaux. À présent, il faut retrouver un banquier discret, un testament perdu et se méfier de tous, alors qu'autour des armées se font la guerre.
Servi par une intrigue policière bien menée, jouant autant sur les aventures que sur l'enquête au sens propre du terme (et il y aura des rebondissements tout au long du livre), ce roman de Philippe Grandcoing est l'occasion d'une double évocation très intéressante. En premier lieu, celle d'une description d'un Moyen-Orient (du Soudan jusqu'à la Turquie) avec ses rites, ses couleurs et son atmosphère. La moitié des Illusions orientales se concentre en effet sur la capitale cosmopolite et multiconfessionnelle d'Istanbul avec les traces des empires précédents. Une réussite d'images colorées qui rend bien compte d'une ville qui foisonne. En deuxième lieu, l'arrière plan historique, avec de multiples acteurs - des pays de la région et de l'Europe balkanique, les différentes forces qui s'opposent au sein de la société turque pour s'approprier le pouvoir. Tous ces éléments contribuent à une reconstitution vivante, fine et forte de ce moment délicat où tout va basculer dans ce qui sera la Première Guerre mondiale. Tous les fils se rejoignent, sans se détruire, pour présenter un panorama clair et rendu avec soin d'une époque et d'un lieu. Cet aspect là suffit à en faire un roman plus qu'intéressant, et l'intrigue policière ajoute une cerise sur un gâteau déjà bien préparé et cuit.
Citation
Ils avaient embarqué alors qu'Istanbul exultait à l'annonce de l'entrée en guerre de l'Empire ottoman aux côtés des Serbes, des Monténégrins, des Grecs et des Roumains. Cernée de toute part, la Bulgarie ne pourrait que rapidement s'effondrer. On se plaisait à rêver d'une offensive foudroyante sur Andrinople, une marche triomphale vers l'ouest qui rétablirait les populations musulmanes dans leurs droits et leurs terres.

