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Brigitte Aubert conjugue enquêtes criminelles et débuts du cinéma

Mercredi 01 juillet 2009 - Brigitte Aubert s'est déjà illustrée dans presque tous les genres du polar. Il manquait cependant le roman policier historique à son palmarès. C'est chose faite depuis septembre 2008 où elle a fait paraître simultanément Le Miroir des ombres et La Danse des illusions, dans la collection "Grands Détectives" des éditions 10/18.
Pour animer ses intrigues, elle a imaginé Louis Denfert, un journaliste passionné par les enquêtes criminelles et par toutes les nouveautés qui émergent, en cette fin de XIXe siècle, autour de la projection d'images animées. Entourant Louis, un personnage qui s'inscrit dans l'esprit d'un Joseph Rouletabille, Brigitte Aubert "actionne" une équipe rapprochée à la complémentarité remarquable. Après les deux titres de 2008, l'auteur fait paraître en mai 2009 Projections macabres, un nouveau volet des enquêtes de Louis Denfert. C'est l'occasion de revenir sur cette série, sur les fondements des investigations du dynamique journaliste. Entretien avec Brigitte Aubert, un auteur qui n'a pas fini de nous étonner..
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© D. R.



k-libre : Projections macabres raconte la troisième enquête de Louis Denfert. Elle commence à Paris, en mai 1897, lors de l’incendie du Bazar de la Charité où se tenait une vente caritative. Cet accident meurtrier est resté dans l’Histoire. Mais les incendies n’étaient-ils pas fréquents et lourds en victimes ? Pourquoi celui-ci est-il particulier ?
Brigitte Aubert : Oui les incendies étaient relativement fréquents, mais celui-ci a frappé l’opinion publique de l’époque, parce qu’il réunissait pas mal de "people", et que le Bazar avait un but caritatif. En ce qui me concerne, c’est le fait que l’incendie soit lié au cinématographe qui a déterminé mon choix de prendre le Bazar comme point de départ.

Cet incendie a trouvé sa source dans les produits utilisés pour les projections cinématographiques. Vous décrivez nombre des techniques utilisées. Emploie-t-on aujourd’hui les mêmes principes, les mêmes produits de base mais plus sécurisés ?
Non, bien sûr, les pellicules ne sont plus inflammables, je crois que le tournant a dû se faire dans les années 1930, je ne suis pas très calée là-dessus ! Et puis avec le cinéma numérique et la fin de l’argentique, la question ne se posera plus. Hélas peut-être car l’argentique a une richesse de définition et de tons à mon sens inégalable.

Vous avez réuni une équipe d’enquêteurs composée d’un journaliste, d’une comédienne, d’un ancien soldat devenu professeur de boxe et d’escrime, et d’un médecin légiste illusionniste. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de réunir des individus aux parcours aussi disparates ?
Le plaisir d’individualités fortes et sans préjugés, et de métiers disons marrants.

Louis est interpellé par l’assassinat d’une jeune bergère retrouvée égorgée et éviscérée. Puis, il découvre, dans les ruines fumantes du Bazar, le corps d’une jeune femme ayant subi le même traitement. C’est le début de la traque. Vous êtes-vous basée sur des faits similaires à l’époque ?
Non, c’est purement imaginaire !

L’enquête de Louis se poursuit à Aix-les-Bains, ce qui vous donne l’occasion de nous faire découvrir la vie d’une ville d’eau à cette époque. Ces séjours étaient-ils très prisés dans la haute société ?
Tout à fait. Aix-les-Bains, comme d’autres stations thermales, est une sorte de Saint-Tropez, où se côtoient le Gotha mondain et les "jet-setteurs" de l’époque. Un mélange tourbillonnant et détonant. Comme on le voit dans les bouquins, les gens se déplacent beaucoup. Bateau, train, on ne tient pas en place et l’intendance est particulièrement bien organisée. (Porteurs, locations de villas, domestiques, commerces ouverts tard le soir...)

Louis Denfert aurait-il pu servir de modèle à Gaston Leroux pour Joseph Rouletabille ? N’étaient-ils pas tous deux journalistes au Petit Éclaireur ?
C’est un petit "joke" personnel que d’insinuer qu’effectivement Louis a servi de modèle à Leroux, qui est un auteur que j’adore et qui m’a donné de très grandes joies de lectrice.

Vous incluez, dans votre intrigue, le personnage de Léo Taxil. Celui-ci a récemment déclenché un scandale en révélant un énorme canular. Ce personnage "s’amusait-il", selon les propos de Louis : "... à manipuler l’opinion et exciter les superstitions et l’obscurantisme" ?
C’est en tout cas ce dont il s’est lui même vanté dans le fameux discours où il a avoué/révélé ses canulars et ses mensonges. On peut le lire sur Internet, c’est très intéressant. Comme si un journaliste à sensations d’aujourd’hui venait avouer "oui j’ai tout bidouillé et je vous ai pris pour des c...".

Vous intégrez également des tenants de thèses lucifériennes qui se conjuguaient avec l’antisémitisme. Ces théories avaient-elles un fort retentissement et de nombreux adeptes ?
Les lucifériens, je ne mesure pas l’impact réel, mais l’antisémitisme, lui, est très virulent, confer l’affaire Dreyfus. Caricatures et blagues immondes abondent.

Dans ce roman, vous adjoignez un élément de plus à l’équipe, en la personne de Zéphyrin Duval, un photographe. Vous appuyez-vous sur une figure connue de l’époque pour construire ce personnage ?
Non, j’avais juste envie d’un jeune trublion prêt à tout, et d’un Provençal en hommage à ma terre natale !

En voyant évoluer Zéphyrin, Louis Denfert se dit : "... qu’il serait bien que les reporters soient toujours accompagnés d’un photographe". Est-ce à cette période que ces couples de professionnels se sont formés ?
À cette période, c’est le caméraman qui est en même temps journaliste. La presse écrite garde encore toute sa puissance avec des millions de lecteurs chaque jour et d’innombrables journaux.

Vous faites dire à votre héros : "Je suis reporter, pas rapporteur ! Un chasseur de scoops, comme disent les Américains." Est-ce ainsi que vous concevez le métier de journaliste ?
Louis est un journaliste d’investigation, pas un paparazzo. Et en même temps il faut qu’il accroche son lectorat. Il aime écrire et ne conçoit pas ses articles comme de simples résumés. Son journal n’est pas un journal haut de gamme et intello. Aujourd’hui il aurait travaillé pour Détective ou Paris-Match par exemple.

Vous décrivez, de façon passionnante le foisonnement des inventions et des procédés autour du cinématographe naissant. Mais, ne mettez-vous pas en avant la demande du public, dès 1897, qui veut dépasser le simple compte-rendu de scènes quotidiennes pour des formes plus écrites, plus élaborées ?
Oui, très vite la demande du public s’est tournée vers des images structurées avec historiettes, gags, etc. Les "actualités" et les reportages avaient toujours du succès, mais on voulait autre chose et on voulait aussi, les opérateurs le racontent, se voir à l’écran. Il faut se rendre compte qu’on tourne, on développe et on projette le film dans la même journée ! Cette évolution des goûts du public (très rapide répétons-le) fait que les Lumière tournent de moins en moins et arrêtent le cinéma dès le début du XXe siècle.

Vous faites état, à de nombreuses reprises, du personnage et des travaux de Georges Méliès. Avait-il une telle notoriété ou est-ce parce que votre héros est sensibilisé à la magie du cinéma ?
Georges Meliès était connu comme un grand magicien, il avait un théâtre très fréquenté, et il mettait en scène des grandes illusions spectaculaires.

Louis et ses amis rencontrent une kyrielle de personnages réels, dont il serait trop long de faire la liste. De plus, vous les mettez en situation. Est-ce passionnant de donner vie à de tels personnages ? Comment les choisissez-vous ? Avez-vous le souci d’être exhaustive ?
Exhaustive serait impossible, il y a à cette période précise 95 % de nos classiques (écrivains, peintres, musiciens, chanteurs, etc.) qui se baladent dans les rues de Paris, se croisent, se fréquentent !

Avez-vous déjà une idée des lieux et sujets de la prochaine enquête de Louis ? Sinon, quels romans de Brigitte Aubert allons-nous pouvoir découvrir dans les mois à venir ?
Les prochaines aventures de Louis vont certainement l’emmener dans le Sud de la France, quand au sujet : top secret !
Sinon, les prochains Brigitte Aubert :
- Un thriller-fantasy dans l’univers pervers des contes de fées.
- Avec Gisèle Cavali, le tome 3 de notre saga des "Cavaliers des lumières".
- Un suspense avec mon héroïne de La Mort des Bois, la jeune tétraplégique.
- Une smartnovel pour Smartphone.


Liens : Brigitte Aubert | Projections macabres Propos recueillis par Serge Perraud

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