L'Affaire des chiens d'Égletons

Oui, c'est un Goya. J'étais en concurrence avec le Prado lorsque je l'ai acheté. Tous les bénéfices que j'ai réalisés sur le dextropropoxyphène y sont passés.
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mardi 12 novembre

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Essai - Policier

L'Affaire des chiens d'Égletons

Procédure MAJ samedi 06 novembre 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public connaisseur

Prix: 19 €

Franck Meynial & Francette Vigneron
Paris : Descartes & Cie, février 2009
346 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-84446-122-3

Le poison et le sang

Qui se rappelle l'incroyable Affaire des chiens d'Égletons qui empoisonna dans tous les sens du terme, cette petite commune et ses sœurs adjacentes au cœur de la Corrèze de 1998 à 2007 ? Franck Meynial, journaliste à La Montagne et Francette Vigneron, ex-journaliste et déjà auteur de L'Œil de Tigre (signature du célèbre corbeau de la vague de lettres anonymes de Tulle de 1917 à 1922), ont uni leurs efforts pour nous rendre compte de l'enquête et des procès. Et il fallait bien être deux pour venir à bout de ce récit. Jugez plutôt.

Boulettes empoisonnées
Tout commence avec les querelles des sociétés de chasse qui se partagent le territoire. Le long des routes et sur des lieux bien choisis, un mystérieux empoisonneur balance des boulettes de viande hachée truffées de carbofuran, un insecticide pour culture, se présentant sous la forme de petits granulés bleus. Près de deux cents chiens de chasseurs mais aussi des chiens de ville, des chats, sans compter les animaux sauvages comme les pies et les hérissons, sont atteints après des raids de plus en plus audacieux de la campagne aux lotissements puis au centre des bourgs. Les soupçons ne tardent pas à converger vers Roland Bondonny, un "notable", propriétaire d'une chasse, négociant en vin, au caractère charismatique. Ce septuagénaire est réputé riche et influent. Il passe près de six mois dans le Nord, basé dans un hôtel de Fourmies, à vendre son vin par relation. Métier de tradition qu'il perpétue. Mais c'est aussi un homme entier et têtu, très volontaire et qui peut se montrer violent. Il a une emprise sociale phénoménale et personne n'ose le dénoncer. Pourtant, c'est quand il viendra lui-même porter plainte pour l'empoisonnement d'une chienne de chasse que les gendarmes oseront le retenir pour examiner sa fourgonnette. À la trouvaille de granulés de carbofuran dans la boîte à gants, dans la rainure du siège et sur le rétroviseur, il réplique que c'est sa chienne qui les avait sur les poils et autour de sa gueule mais son fils lui-même affirme que la chienne malade fut chargée derrière fourgonnette. De toute façon, les granulés changeant de couleur avec l'humidité de la bave, ou de la viande, force est de constater que ceux-là sont secs.

Coups de théâtre
À partir de cet instant, vont s'enchaîner bien des péripéties menées par d'impressionnantes équipes d'enquêteurs jusqu'au premier procès aux quatre vingt huit parties civiles (particuliers, communes, sociétés de chasse, Fondation Brigitte Bardot). Mais Bondonny se fait renverser sur un parking, le procès doit être reporté. Après cette première défection qui ne sera pas la dernière, l'homme sera finalement condamné, grâce au courage de certains témoins, au terme d'un procès où il nie tout et trouve des explications à tout. Voilà qu'émerge le portrait d'un homme très ambigu, à la double sinon triple vie. Alors que Bondonny est interdit de séjour et doit rester dans le Nord, Égletons connaît une nouvelle vague d'empoisonnements. Un complice chercherait-il à innocenter le condamné ? Mais survient un nouveau et incroyable coup de théâtre qui va faire basculer l'affaire : le principal témoin-clé est sauvagement assassiné chez lui !

Le meurtre
Débute une nouvelle affaire stupéfiante : l'assassin est arrivé en Alfa Roméo rouge immatriculée dans l'Aisne et l'a garée devant le bistrot pour boire quelques canons et prendre des renseignements. De plus, l'assassin, grossièrement déguisé, s'est aussi baladé tout l'après-midi en VTT pour demander à quatre personnes où se trouvait cette maudite fermette qu'il ne trouvait pas. Voilà un assassin bien malhabile. Comble de malchance pour lui, sa victime désignée était au téléphone avec sa fille et lui a commenté en direct l'arrivée de l'Alfa et l'aspect du futur assassin. Et, en repartant, celui-ci s'est fait bien repérer par la caissière d'autoroute en payant avec ses mains sanglantes ! Bondonny, planqué dans le Nord, a-t-il commandité ce meurtre ? En tout cas, il a un alibi en béton, il s'est fait justement cambrioler sa Mercedes et est allé porté plainte à la gendarmerie. Preuve officielle qu'il était à sept cents kilomètres du meurtre.

Le livre
Inutile de raconter plus avant cette affaire criminelle aux multiples rebondissements et qui va se conclure par un nouveau coup de théâtre. Intéressons-nous plutôt à la technique du duo Vigneron-Meynal. Grâce au procureur général près de la cour d'appel de Limoges et le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Tulle, ils ont eu accès à la totalité des pièces de cette longue et complexe affaire qui s'est déroulé sur presque dix ans !
Nous sont donc livrés les rapports de gendarmerie et surtout les interrogatoires des plaignants, des témoins et des accusés, des interviews exclusives, et les détails passionnants des procédures policières (écoute, recherche de voiture, traçage des balises de relais de portable, examens toxicologiques etc.). C'est surtout la transcription des interrogatoires et témoignages qui atteint une intense dimension dramatique. Sous le vernis de style policier, émergent des paroles fortes et vraies qui plaident, se plaignent, réfutent, accusent, mentent ou se défilent. Le témoignage de la découverte du cadavre par le cousin voisin fait froid dans le dos, la longue confrontation entre Bondonny et le tueur aussi. Les questions des policiers et des juges sont des modèles du genre. Malgré le texte dense aux pages remplies, avec seulement treize chapitres de taille inégale toute cette dialectique insuffle à ce pavé un dynamisme bienvenu. Au final, un modèle du genre "procedural" pour une affaire exceptionnelle aux portraits saisissants lancés dans une course à l'horreur.

Citation

Dans la campagne corrézienne, les langues se délient peu, dit-on, mais à l'inverse les rancœurs déferlent.

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 04 novembre 2010
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