Et quelquefois j'ai comme une grande idée

Depuis qu'elle avait mis le pied sur le sol péruvien, elle ne pouvait se débarrasser de ce sentiment de mort imminente. La vie paraissait fragile. Le destin de ces hommes et ses femmes appartenaient à d'autres, aux chefs, aux patrons.
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Roman - Noir

Et quelquefois j'ai comme une grande idée

Vengeance MAJ jeudi 03 octobre 2013

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 24,5 €

Ken Kesey
Sometimes a Great Notion - 1964
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Antoine Cazé
Toulouse : Monsieur Toussaint Louverture, octobre 2013
800 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 979-10-90724-06-8

Vol au-dessus d'un nid de bûcherons

Et quelquefois j'ai comme une grande idée est le genre de livres dont on aurait presque envie de rendre la lecture obligatoire sans rien en dire pour ne pas en déflorer la surprise. Mais quelquefois on est bien obligé de faire des chroniques.
Nous sommes dans l'Oregon au milieu des années 1960, il fait froid, il fait humide, la rivière est indomptable, et on coupe des arbres. La ville (fictive) de Wakonda vit grâce au bois, et sa population lutte contre la famille Stamper qui a le mauvais goût de continuer à travailler en faisant fi de la grève générale. Forcément ça passe mal. Et malheureusement, se frotter aux Stamper n'est pas précisément le genre de trucs dont tout le monde est capable. Chez les Stamper, on est fort, on ne se laisse pas faire, on n'hésite pas à cogner et comme le dit Hank, son plus illustre représentant : "S'il fallait qu'on se foute sur la gueule avec les Russes, je me battrais pour notre pays jusqu'au bout. Et si l'Oregon devait se foutre sur la gueule avec la Californie, je me battrais pour l'Oregon. Mais si un gus [...] veut me foutre sur la gueule à moi, alors je me bats pour moi."

Mais Et quelquefois n'est pas une histoire où les bucherons vont dans la forêt avec des chemises à carreaux en chantant des chansons traditionnelles. C'est l'histoire d'une famille, d'une fratrie, d'une tribu. Dans le rôle du père de famille, il y a Henri, le patriarche agité et pilier de bar. Hank, figure locale réputée pour ses records sportifs et, comme on l'a vu, les coups qu'il n'hésite pas à distribuer si on ose s'opposer à lui. Il y a Joe Ben, sorte de sage au milieu du tumulte. Et Lee, le petit dernier, l'intello qui est revenu après une longue absence pour cause d'études et qui n'a qu'une idée : se venger de son frère Hank. Face à eux, entre eux, autour d'eux : une galerie de personnages sur lesquels l'auteur n'oublie pas de s'attarder, histoire que nous fassions connaissance.

Ken Kesey nous livre une histoire où l'amour et la haine se succèdent d'une phrase à l'autre. Où les liens qui unissent ces frères sont tendus avec des barbelés. Tout peut se briser, se déchirer en un instant. "Je veux leur parler de ma famille, alors je dis : mon père est un salaud de capitaliste et mon frère un fils de pute." Les narrateurs changent d'une page à l'autre, d'un paragraphe à l'autre, d'une phrase à l'autre. Tout est fait pour nous dérouter et pourtant, on ne se perd pas. Passées les premières pages, on suit le rythme imposé par Kesey. Le cœur de Et quelquefois j'ai comme une grande idée : cette relation entre Hank et Lee, une relation faite d'admiration tue, de violence réfrénée et de non-dits : "Je suis venu pour lui causer mais je savais avant même de descendre du car qu'on causerait pas, parce qu'on cause jamais. Jamais on a été capables de se parler. Peut-être parce qu'on n'en a jamais eu besoin."

Nous ne pouvons que remercier les éditions Monsieur Toussaint Louverture de publier cet inédit que Ken Kesey. Si l'auteur de Vol au-dessus d'un nid de coucou considère Et quelquefois j'ai comme une grande idée comme son chef d'œuvre, nous apporterons cette nuance : ce n'est pas son chef d'œuvre, mais un chef d'œuvre. Et quelquefois la littérature nous offre de très grands personnages de romans. Nous connaissions le John Kaltenbrunner du Seigneur des porcheries, l'Igniatius Reilly de La Conjuration des imbéciles, le Dennis Keith de Shangrila... il faudra désormais compter avec Hank Stamper.

Citation

Il me semble bien que... j'essaye de mettre fin à mes jours, merci beaucoup ; mais je ne suis pas tout à fait sûr d'avoir trouvé exactement la bonne méthode. Bon, si vous voulez bien m'excuser, je vais faire une nouvelle tentative.

Rédacteur: Gilles Marchand dimanche 29 septembre 2013
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