La Morte dans le labyrinthe

Je m'appelle Freedom Oliver et j'ai tué ma fille. C'est surréaliste et je ne sais pas ce qui me fait le plus l'effet d'un rêve : sa mort ou son existence. Je suis coupable des deux.
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mardi 19 novembre

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Roman - Insolite

La Morte dans le labyrinthe

Historique - Complot MAJ dimanche 12 juin 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8,8 €

Ariana Franklin
The Death Maze - 2008
Traduit de l'anglais par Vincent Hugon
Paris : 10-18, avril 2016
456 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-06593-3
Coll. "Grands détectives", 5045

Avec Adelia les morts sont bavards !

Sicarius, un tueur à gages, prend les consignes pour un nouveau meurtre au fond d'une cave, devant un rideau qui masque son client. Celui-ci, qui connaît bien la future victime, a prévu l'assassinat de façon très détaillée. Pendant ce temps, une parturiente est en bien mauvaise posture malgré toutes les reliques de l'abbaye. Voyant que Dieu va échouer, l'intendante passe à l'action et invoque le Diable. À une quarantaine de lieues plus à l'est, dans les Fens, Adelia Aguilar s'efforce de présider à son premier accouchement, un accouchement par le siège. Ses connaissances anatomiques vont l'aider à sauver la mère et l'enfant. C'est peu après qu'arrive le père Geoffrey, le prieur du monastère de Barnawell à Cambridge. Il vient pour convaincre Adelia, exilée au fin fond des Fens par des médecins jaloux, de revenir pour rencontrer Rowley Picot, devenu évêque. Il y va de l'intérêt du roi, un roi qui a trop besoin d'elle et de son talent pour déchiffrer les secrets des morts. Elle finit par accepter et rencontre le tout nouveau prélat, un homme qu'elle connaît bien car ils ont été amants et il est le père de sa fille. Dans un climat très tendu, il lui explique que Rosemonde Clifford, la maîtresse préférée d'Henri II Plantagenêt, a fait l'objet d'une tentative d'empoisonnement. Elle allait mieux quand il l'avait vue. Il a rapporté le reste des champignons. Adelia lui annonce, au vu d'un spécimen, le décès de la jeune femme car c'est une variété qui, après une courte rémission, est fatale. Bien sûr, les soupçons se portent sur Aliénor d'Aquitaine, l'épouse du roi... Celle-ci n'est-elle pas accusée de comploter avec l'aide de ses fils ?

Ariana Franklin propose une vision novatrice de l'Angleterre du XIIe siècle, sous le règne d'Henri II (1133–1189), avec une héroïne hors du commun qui se distingue des femmes de son temps par son parcours. Née de parents inconnus, abandonnée sur les flancs du Vésuve, elle est élevée par un couple de salernitains, un juif et une chrétienne. Elle fait des études de médecine à l'université de Salerne, un établissement ouvert aux femmes. Elle choisit l'anatomo-pathologie, et pratique l'art de la dissection. Venue en Angleterre pour accompagner un enquêteur (La Confidente des morts, 10-18) chargé de découvrir le meurtrier d'enfants, des crimes attribués aux juifs de Cambridge, elle a convaincu le roi de son talent. Celui-ci veut la garder près de lui. Cependant, dans une Angleterre rétrograde, aux idées étroites et bornées, une femme ne peut avoir la capacité de telles connaissances. Si elle était découverte, Adelia serait brulée vive comme sorcière. Aussi, c'est Mansur, son serviteur arabe, qui occupe le premier rang, répétant ce qu'elle lui dicte. Adelia est une femme libre, indépendante, désireuse de mettre ses compétences pour soulager les maux de ses contemporains. Elle est entourée par Mansur, un homme de ressources, et par Gyltha, une maîtresse femme. Si elle refuse fermement les préceptes, à ses yeux monstrueux, enseignés par les trois religions du Livre, elle se plait en compagnie de Geoffrey, le prieur dont elle affectionne particulièrement la compagnie.
La romancière Diana Norman, décédée en 2011, qui écrivait ses romans policiers sous le pseudonyme d'Ariana Franklin, construit son intrigue autour du roi, de son épouse et de sa maîtresse avec un conflit qui risque, si le ou les assassins de Rosemonde ne sont pas rapidement identifiés et mis hors d'état de nuire, de dégénérer en guerre civile. Elle n'hésite pas à décrire crûment ce qui se passe et à mettre en danger, de façon violente, son héroïne. On se rassure toutefois en espérant que l'auteur n'aura pas l'audace de se séparer définitivement de sa création.
Malgré toutes ses qualités, Adelia est une femme aux attitudes parfois contradictoires. Rowley, le père de sa fille voulait l'épouser. C'est elle, en ne désirant pas renoncer à son activité si inhabituelle, qui l'a poussé à partir. Mais "Ce qu'elle ne lui pardonnait pas, c'était de l'avoir écouté, il l'avait quittée, il était parti...".
Après un premier tome étonnant de découvertes et d'érudition, La Morte dans le labyrinthe se révèle encore plus passionnant par une intrigue magnifique, superbement menée, et une galerie de personnages remarquables tant pour les bons que pour les méchants.

Citation

Vous l'avez vu hors de lui ! Il aime Rosemonde, il l'aime sincèrement. Imaginez qu'il réclame la mort d'Aliénor ! Il ne le pensera pas, mais il y aura fatalement un misérable avec une bonne raison de le prendre au mot qui prétendra ensuite avoir agi sur ses ordres, comme pour Becket.

Rédacteur: Serge Perraud vendredi 03 juin 2016
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