Attention les fauves

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vendredi 13 décembre

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Roman - Policier

Attention les fauves

Assassinat MAJ dimanche 25 juillet 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 9 €

Brice Pelman
Paris : Plon, juillet 2010
196 p. ; 19 x 12 cm
ISBN 978-2-259-21235-9
Coll. "Noir rétro"

Quand les enfants se défendent...

Doria Deslandes vit avec ses jumeaux, Patrick et Marieke, dans une modeste maison sur les hauteurs de Nice. Elle est veuve depuis deux ans et subsiste en faisant des traductions pour un éditeur parisien. Un soir, alors que les enfants sont couchés, elle reçoit la visite d'un homme qui se présente comme son proche voisin. Il parle d'un projet d'agrandissement de la départementale qui passe devant leurs villas. Doria, qui n'est que locataire, pour se débarrasser de l'importun, veut lui donner l'adresse des propriétaires. Il la suit. Affolé par sa beauté, par ses frustrations, il ne se maîtrise plus et devient une bête en rut qui la viole, lui serrant le cou pour l'empêcher de crier. Quand il redevient capable de penser, il essaie en vain de la ranimer. Il efface quelques traces et tente de mettre le corps dans la position d'une mort "naturelle".
Mobilisés par un jeu radiophonique dès leur réveil, les jumeaux ne découvrent pas tout de suite la réalité. Après un moment d'affolement, ils réalisent qu'ils vont être séparés et mis en pension. Or, ils ne veulent à aucun prix de cette situation. Ils décident de faire comme si leur mère était encore vivante. La première chose est d'aller à l'école, et ils se précipitent pour ne pas être en retard. Pendant la classe, Marieke fait passer un mot à son frère. Le billet est intercepté par l'instituteur qui lit : "Qu'est-ce qu'on va manger ?" Aussitôt il annote le carnet de correspondance qui doit être signé par Doria. Malgré son isolement, leur mère était sous la surveillance "discrète" de Mme Josepha, une veuve qui s'étonne de voir les deux enfants faire seuls les courses au supermarché.
L'homme, un entrepreneur, n'y comprend rien. Il guette les informations, mais pas un mot sur le meurtre. Il téléphone. Marieke répond que sa mère n'est pas là. Cette réponse le met en joie car si leur mère n'est pas là... c'est qu'elle n'est pas morte ! Mais le coup de grâce, pour les enfants, vient de cette lettre dans laquelle leur tante, la sœur de leur père, annonce sa visite !

Brice Pelman a fait des enfants et des adolescents, les héros de nombre de ses romans. Il partait de la constatation : "... l'enfant est opprimé par l'adulte. C'est l'adulte qui en fait un révolutionnaire. Certains parents sont des tortionnaires, à tout le moins des dictateurs. Il est normal à ce moment que les enfants organisent la résistance." Il ajoutait : "J'ai toujours eu peur des enfants... J'ai été frappé par la rouerie, le machiavélisme, la cruauté dont ils sont capables."
Dans Attention les fauves, il met en scène deux enfants qui anticipent les réactions des adultes et mettent en place une stratégie pour ne pas être séparés. Ils sont en position de défense et comme nombre d'espèces, ils se défendent avec férocité quand ils sont acculés. Le thème posé, l'auteur construit son histoire avec ce qui compose la vie quotidienne. Il pare son intrigue de situations communes, de faits et geste courants, qui peu à peu dérapent. Il choisit pour décor les environs de Nice parce qu'habitant la ville, il peut décrire une réalité, donner une véracité à son cadre. Doria est traductrice, une activité que l'auteur connaît bien, pour l'avoir lui-même pratiquée.
Mais c'est dans l'élaboration de ses personnages que Brice Pelman excelle, des personnages faits de chair, de sang et... de viscères. Il dresse des portraits psychologiques fouillés, travaillés, construits avec une connaissance aiguë de la nature humaine. Il crée, ainsi, une galerie d'acteurs qui évoluent selon leur motivation, nourrie par leur propre logique. Il expose, il explique mais se garde de prendre position, laissant ce soin à son lecteur. C'est ainsi que l'assassin de Doria, criminel par accident, presque par hasard, victime d'un moment d'égarement, n'est pas antipathique. Au contraire, on s'associe à ses interrogations, à ses affres, à ces courts moments de joie quand il pense que sa victime est toujours vivante. Au fond, c'est un brave homme qui a basculé, mais qui regrette son acte au point de payer son moment de folie. On est loin du criminel récidiviste qui parade, qui sait ce qu'il a fait et en tire gloriole.
Attention les fauves, publié pour la première fois en 1981, dans la collection "Spécial-police" du Fleuve noir, a reçu le Prix Mystère de la Critique en 1982. Le choix de cette réédition, en collection "Noir rétro" est judicieux car c'est un texte qui est presque une synthèse de l'œuvre de l'auteur, où l'on retrouve son talent, son savoir-faire et ses thèmes favoris.

Citation

Tout de même, ce black-out n'est pas normal. Est-ce qu'on ne vit pas à l'époque des faits divers ? Est-ce que les crimes ne sont pas le pain quotidien des journalistes ? Quelle raison auraient-ils de se taire s'ils savaient quelque chose ?

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 22 juillet 2010
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