Dimanche 1er novembre 1987. Laval. Le corps d’une jeune femme, nue, avec des traces de ligatures, abattue d’une balle en pleine tête, est retrouvé dans la cour de la Cité HLM de la Perdrière. L’équipe du commissaire Ralu mène l’enquête. Jeune recrue, Thomas Drouet connaît bien la cité et pour cause : c’est dans cet immeuble que vit sa nounou d’enfance, Mémère, avec son mari d’origine hongroise Pépère. Très vite, la victime est identifiée : Sophie Siegler, journaliste parisienne au Nouveau Détective. Que venait-elle faire là et surtout qui a-t-elle dérangé ? Les pistes sont nombreuses du copycat d’un tueur en série artiste (qui utilisait le sang de ses victimes comme peinture) au ravisseur d’Orus, un cheval de course du Hara du Chêne, qui venait de gagner le Prix d’Amérique. La résolution de l’intrigue viendra du passé et de Hongrie. Juillet 1942 : Vilmos, Laura, Imre et Sára, quatre adolescents amis à la vie, à la mort, vont être percutés de plein fouet par la guerre. La débâcle approchant, les enrôlements forcés mais « volontaires » voient le jour. Imre est réquisitionné, et Vilmos n’écoutant que son courage choisit de l’accompagner pour le protéger. Tous deux seront enrôlés dans la 31e Division de la Waffen-SS. Tous deux assisteront impuissants à des massacres et aux exactions d’un major. Seul Vilmos traversera les décennies pour se retrouver en France. Seul lui détient la vérité, mais une vérité qu’il cache au plus profond de lui-même, et que va devoir débusquer l’équipe de Ralu.
Pour son premier roman, Armelle Hérisson use d’une structure classique avec deux trames temporelles qui vont finir par se rejoindre. Mais avec une jolie transhumance européenne (la Hongrie, le Portugal, l’Espagne et quelques coins de France). Si la résolution de l’intrigue ne fait aucun doute, ce qui importe est plus à chercher dans les à-côtés : personnages fouillés, époque parfaitement retranscrite, méthodologie policière à l’ancienne. Avec Armelle Hérisson, on revient quarante ans en arrière dans une petite ville de province et on découvre à quel point notre société a bien changé. De façon réfléchie, l’auteure fait débuter son enquête contemporaine en 1987. Une époque qui se trouve exactement à mi-chemin entre celle de la Seconde Guerre mondiale et la nôtre. Les tortionnaires nazis sont presque encore dans la force de l’âge. Les blessures non encore guéries. Pour épaissir son récit, Armelle Hérisson nous propose quelques sous-intrigues dont la plus prenante est celle de la mort annoncée de la femme du commissaire Ralu, qui vit ses derniers jours dans une chambre d’hôpital. Et elle nous embarque également dans les coulisses des chasses aux nazis. Un roman policier d’envergure aux ambitions assumées et qui pourrait bien être le premier d’une série.