CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 21,00 €
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ISBN : 978-2-7436-7095-5
Nombre de pages : 186
Format : 23 X 16 CM
Année de parution : 2026
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9 / 10

Un sort enviable

Auteur :

Le romancier Éric Halphen évoque le parcours d'un père, Julien Klein, pour comprendre son fils injustement décédé qu'il souhaite venger. Ce faisant, l'auteur dresse également le portrait saisissant de la société française. Un instantané d'une douceur triste.

Julien Klein est un informaticien qui a tout pour réussir même s’il est troublé depuis qu’il a découvert qu’il était juif. Il est peut-être troublé également parce qu’il vit dans un monde où être juif est redevenu compliqué, entre une extrême droite qui resté antisémite et une gauche qui sous couvert d’antisionisme (pour de « vrai » ou par opportunisme – c’est à dire pour cacher antisémitisme) n’aime pas plus les juifs. Sa femme est une psychologue reconnue et ils ont deux enfants. L’aîné, Jonathan, vit sa vie d’étudiant en sciences sociales et vient de découvrir l’amour avec un autre étudiant. En ce qui concerne le deuxième, Arthur, c’est plus compliqué car il est autiste, même si ses parents l’ont longtemps nié. Toujours est-il qu’il est déjà passionné par la justice (et l’injustice) et que son origine juive le prédispose, en plus de son « handicap », à être un bouc émissaire facile. Mais Arthur a décidé de passer outre et même de lutter. Il est même prêt à passer à la lutte armée. Quand Arthur meurt dans une explosion – est-il victime des ennemis antisémites ? De luttes internes à son propre camp ? D’une manipulation de la police et des services spéciaux ? D’un de ses propres engins? -, Julien ne sait que faire et décide de le venger.

Il y a quelques années déjà, Alain Delon tournait dans un film intitulé Monsieur Klein. Même s’il n’avait aucun rapport avec le judaïsme, le nom même de Klein, le plaçait entre les mains des nazis et il arriva ce qui devait arriver. Ce Klein-là pourrait avoir le même parcours. Ne se sentant pas concerné, peu impliqué dans l’univers judaïque, comme il s’est senti en décalage sur l’univers particulier de l’autisme, Julien essaie de changer mais ce ne sera pas une bonne solution. Le récit se découpe en deux parties qui alternent au fil du récit : d’une part la vie du personnage et, d’autre part, des contrepoints avec le moment où la police l’arrête et l’interroge sur les meurtres, auxquels il pourrait être lié, de militants antisémites. Mais le récit ne se veut pas une enquête au sens classique, c’est plutôt l’évocation d’un personnage qui marche à contre-courant, et qui doit réagir dans une époque troublée et qui a perdu ses repères : où les gentils deviennent méchants, où les agressés sont considérés comme les agresseurs, où l’on rend hommage à des victimes qui ont été aussi, sans doute des bourreaux, où l’on va décrier l’antifascisme au moment où l’on fait entrer un résistant au Panthéon. Julien est comme ce monde, comme la France, sans réels repères, peuplé de doutes, et le roman d’Éric Halphen (y compris dans ses ultimes pages) fait ressortir ce doute, ce moment où tout bascule. Il reste de l’amour (de la psychologue pour son mari, d’un père pour ses enfants, entre autres), de l’empathie et une grande dose d’amertume. C’est rendu avec soin par un auteur qui maîtrise son texte, restant entre chien et loup, dans cet entre-deux où l’on ne juge pas, dans un roman fin, ciselé, évoquant avec une douceur triste un monde dont on cherche désespérément à percevoir le sens.

Publié le 22 mai 2026
Mis à jour le 13 mai 2026
Les semaines passant, et ma colère s’apaisant, j’ai tenté de (me) raisonner. Bon, j’étais juif, et alors, la belle affaire. Moins insurmontable au fond que d’être gros, boutonneux ou bègue. Il suffisait de s’adapter, de réfléchir.
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