Le récit s’ouvre par la découverte d’un corps mort. Et c’est ce corps mort qui raconte son histoire, qui aimerait bien être découvert, alors qu’il commence à pourrir. Les policiers chargés de l’enquête sont un peu perturbés car il y a peu d’éléments pour savoir qui est ce cadavre et pourquoi il a été tué. Heureusement dans son blouson, abîmées, il y a des factures et des amendes non payées qui peuvent révéler un nom. Les policiers continuent leurs investigations, entre les week-ends où il faut faire autre chose, les congés paternités et les maladies, les fausses pistes, et les petites plaintes. Un policier voit des vidéos de caméra de surveillance qui montre le mort lorsqu’il était vivant, mais tout ça n’aide qu’à moitié. Cela permet de décrire la province, une zone un peu paumée, une femme de ménage fatiguée, et surtout ce Josselin qui aura eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Entre deux monologues du mort, on suit des personnages vivants, un enfant et son père en crise, un flic pas vraiment en forme, on l’écoute se plaindre de son dossier laissé sur un coin de table, prendre la poussière et parfois être maculé de taches de curry ou de café.
Christophe Kauffman est un touche-à-tout du monde culturel, qui avait déjà frappé fort, ces dernières années avec Gamine, un roman de bonne facture. Ce qui l’intéresse, ce sont les ambiances, la noirceur et la poisse qui engluent tout. Comme il est aussi belge, il mélange cela à un petit regard ironique – celui que l’on retrouve chez Arno ou Benoît Poelvoorde (pour citer deux compatriotes) sachant montrer la misère sans s’en moquer, dépeindre les petites gens et leurs vies difficiles sans ricaner -, avec une empathie sincère. Terminus raconte cela : un coin de province, des gens sans envergure mais qui sont profondément humains, du quotidien qui patauge et fait sourire. Un texte court, mais prenant et sensible. Un vrai texte noir, au sens noble du terme.