Bruxelles, années 1970. François, quinquagénaire dégarni, a oublié son parapluie et arrive essoré sur son lieu de travail : il est conducteur de fourgonnette pour la blanchisserie Bianca et livre les clients. Durant les quelques jours de cette histoire, il pleut comme vache qui pisse sur Bruxelles, et ça ajoute à la solitude de François et à sa mélancolie. Ça et le fait qu’on lui a demandé de former un nouveau chauffeur, neveu de la patronne, qu’on lui a refusé une légère augmentation et qu’il devine qu’on va le virer. François a deux passions dans la vie : Maryvonne et sa jeune fille asthmatique Romy. Entre lui et Maryvonne, qui tient un kiosque de presse, un léger flirt s’est installé. Et François depuis qu’il la connait joue chaque semaine au Lotto. Cinq ans qu’il joue les mêmes chiffres : 5-8-24-12-10-52. S’il gagne, il offrira à Maryvonne et Romy un logement décent. Il lui a juré. C’est alors que lui et le nouveau vont livrer des clients dans la banlieue proche en pleine forêt. Ils risquent d’emboutir une Américaine avec un chauffeur peu sympathique. Ils crèvent. La déveine. François va livrer sous la pluie. Dans la maison, plus un bruit depuis peu. Tout le monde a été assassiné autour d’une table. Des billets dépassent d’une sacoche. Alors François s’en empare… Et sa trajectoire va en souffrir.

Nettoyage à sec est le pendant masculin de Béatrice, que Joris Mertens a signé en 2020 chez Rue de Sèvres. Tout comme son premier album, celui-ci sur un personnage féminin qui fait un choix qui va s’avérer crucial, voire définitif dans sa vie. L’auteur a choisi une ville de Bruxelles dans les années 1970 sous la pluie pour décor. Un décor qui prend tout sens au cours des nombreux dessins en pleine page qui l’illustrent. L’ambiance est noire urbaine. Elle a le même traitement de couleur que les films américains de la même époque. Chaque page ruisselle, est hachurée par la pluie, les lumières plus éblouissantes encore. On s’attache dans ce décor joliment maximaliste à la trajectoire minimaliste de François. On le suit pas à pas. Solitaire et trempé. Qui suit son petit bonhomme de chemin assez banal (jusque dans ses discussions de café). Étape par étape, entrecoupée de cartons noirs avec le nom de la personne sur qui Joris Mertens nous offre un temps d’arrêt. François nous émeut avec sa relation avec Maryvonne, avec ses certitudes de gagner au Lotto. C’est un membre à part entière de la famille des losers magnifiques, et la trajectoire que lui offre l’auteur est symptomatique de ce qu’il est. Grandiose !