Anvie, petite ville de province comme tant d’autres, avec son centre-ville qui se dépeuple peu à peu, son château, avec jardin à la française, qui la domine et dont le châtelain est décédé, poussant la mairie à se servir de l’édifice pour ses besoins touristiques, avec son maire, un peu m’as-tu-vu, un peu roublard mais qui essaie d’animer sa ville, y compris en sponsorisant le club de football local qui monte lentement les échelons vers l’élite. Une ville qui a aussi son journal, qui fait bien attention à ne pas vexer grand monde. Mais étrangement Philippe Bondieu, l’une de ses plumes, vient d‘être découvert le crâne défoncé. Il avait une petite amie, bibliothécaire, qui, accessoirement, s’occupe de « soigner » ou du moins de gérer les crises du fils du maire. Il avait aussi une jeune fille qui lui tournait autour, la fille d’un anarchiste local, une sorte d’ermite bourru. Et celui-ci pourrait faire un coupable idéal. Paris envoie Hugues Ballinger pour suppléer le policier d’Anvie, qui n’est pas bien vu de sa hiérarchie et que, en haut lieu, on soupçonne d’être l’âme damnée du maire. C’est d’autant plus ennuyeux pour Hugues Ballinger que trois ans plus tôt sa femme est morte juste après un voyage en amoureux à Anvie . Depuis, il est amer, se reproche la mort de sa femme et remâche ses souvenirs. Arrivé sur place, Ballinger comprend que le mort avait prévu de publier un scoop qui aurait pu mettre en difficulté l’édile. Mais cela suffit-il à faire de notre notable un coupable ? Ballinger va chercher à démêler les fils de cette histoire.
Pascal Lorent nous emmène dans une enquête de forme classique mais avec de multiples rebondissements qui, régulièrement, décalent la perspective vers un autre coupable, tout en conservant la logique de l’histoire. S’appuyant sur une description fine d’une petite ville avec ses gens simples, ses notables, ses magouilles, ses compromissions, de manière assez réaliste, le récit gravite autour d’un policier qui doit aussi résoudre une crise personnelle, mais cela se fait sans le pathos et la lourdeur que l’on voit souvent en pareil cas (dans les livres, sans parler des feuilletons policiers). Retour à Anvie raconte donc une histoire intéressante, écrite avec soin, et avec une qualité littéraire classique bienvenue, en prenant son temps pour parcourir les méandres de son intrigue et les pensées des personnages. Le tout en manageant un suspense sur son ensemble. Un roman sympathique et qui annonce une nouvelle plume à suivre.