Ostrog, petite ville du nord de la Russie. Dix ans auparavant, la ville a été secouée par une affaire de corruption et son maire a été arrêté par Kozlov. Un endroit déprimant, sans doute, mais est-ce une raison pour voir augmenter le nombre de suicides, et notamment parmi les jeunes de la population. En tout cas, les faits sont suffisamment inquiétants pour diligenter une nouvelle enquête à Moscou et envoyer le même Kozlov. L’enquêteur vient sans grande envie car il est déprimé depuis le divorce d’avec sa femme. Il arrive et espère que l’enquête ne durera pas longtemps. Si certains éléments lui font penser qu’il y a peut-être un rapport avec l’orphelinat local, par lequel la plupart des morts sont passés, il doit aussi composer avec la police du coin qui entend prouver que le coupable est un certain Petia, un homme mal vu et peu en odeur de sainteté, un homme qui a la mauvaise idée d’avoir une action écologiste et de s’intéresser à la nature…
Le roman du Biélorusse Sacha Filipenko est typique d’une certaine littérature des pays de l’Est. Sous couvert d’une enquête, c’est aussi une démonstration, parfois par l’absurde, des dérives d’un système et des hommes qui le composent. Le policier mène tranquillement son enquête, les flics locaux accentuent la pression sur leur coupable ciblé et de nombreuses actions ou discussions permettent de montrer l’envers du décor, la corruption sous-jacente, la volonté idéologique ou politique (ou dictatoriale) de trouver des solutions qui cachent la misère et empêchent que soit dit du mal du gouvernement et de ses glorieux dirigeants. Récit classique qui décrit un univers sombre et froid, à l’instar d’autres polars ou de romans de S.-F. qui sous couvert d’une situation particulière exposnte ce qui se passe réellement dans un univers totalitaire, Retour à Ostrog est une enquête dont le but n’est pas forcément la découverte et l’arrestation d’un coupable mais une manière de montrer les dysfonctionnements qui permettent que l’injustice et le crime puissent se nicher au cœur du pouvoir. Autour de l’enquête sont tissés les fils de la vie quotidienne de certains habitants afin de dresser un portrait angoissant et désespéré d’une société et d’une situation bloquée, au bord de l’explosion, de manière intelligente et efficace (le tout résumé par une préface de la traductrice qui montre bien en quelques lignes les enjeux du livre).