Peu avant le passage à l’an 2000 à Jonzac. Cette petite commune du Sud-Ouest vit au jour le jour, les fins de semaine arbitrées par le concours de karaoké du Canotier. L’endroit se veut select, peut-être pas classe, mais n’accueillant personne qui risque d’y faire tache ou esclandre. D’ailleurs, le patron s’est depuis longtemps offert les services de Virgile, un professionnel, un vigile qui n’a pas peur d’affronter les plus têtus des apprentis-clients. Virgile, c’est surtout un gars gris, qui alterne les chemises blanches et noires selon que son travail est licite ou pas. Un gars qui est prévoyant. Mais parfois on ne peut pas tout prévoir comme la venue au bar de Sauveur et ses cousins gitans. Alors que Didier Tessonneau révise ses platines, que Jenny, la championne du karaoké s’apprête à remettre sa couronne en jeu, la tension monte et l’inéluctable ne peut qu’arriver.
Yvan Robin s’approprie un fait divers pour nous faire revivre une nuit d’une violence inouïe à travers un très court roman parfaitement maîtrisé et resserré en quelques actes. La prouesse de l’auteur tient justement en cette éclosion de la violence avec l’électricité dans l’air présente dès le début. Un peu, toutes proportions gardées, comme dans La Poursuite impitoyable, d’Arthur Penn (Virgile n’est absolument pas Marlon Brando et ses motivations diffèrent). Peut-être en raison de cet équilibre narratif qui fait que les personnages ne sont ni gris, ni noirs, ni blancs mais tragiques (la venue en épilogue du patriarche des Gens du voyage prend alors tout son sens). Peut-être surtout parce que Yvan Robin nous présente ce fait divers avec son avant et son après sans porter le moindre jugement.