Franz Dohle est docteur en philosophie, Bac plus 16 comme il se définit lui-même. Mais cela ne lui donne pas un métier. Aussi, choisit-il, pour gagner de l’argent, de participer à une expérience : une réplique de l’espace habitable d’une fusée spatiale a été construite, puis cachée dans un glacier (on est en Suisse). Lui devra y séjourner seul et sans aucun lien avec l’extérieur durant plusieurs centaines de jours, l’équivalent d’un voyage pour Mars. Il est aussi recruté parce qu’il a un double moyen de surmonter la solitude : il va écrire un livre de philosophie et il a sa propre capacité à la discipline auto-érotique (c’est-à-dire la masturbation). Mais tout dérape lorsque, après plus de cent jours, il ne répond plus aux messages hebdomadaires qu’il reçoit de l’équipe de surveillance. Une médecin légiste et un policier se rendent sur place et découvrent qu’il est mort, tué par un piolet. Comment cela a-t-il pu se faire ? En parallèle, nous suivons un autre Franz Dohle, spécialiste des aquariums, et qui va découvrir l’amour (en fait le fait de pouvoir faire l’amour sans utiliser de viagra) avec une responsable des pompes funèbres et qui va se mettre à discuter avec des animaux qui lui parlent !…
Conversations avec un caribou est un roman étrange de Jiri Benovsky qui mélange de la philosophie (notamment sur la multiplicité des mondes possibles), une intrigue policière avec un meurtre « en chambre close » et des scènes érotiques de qualité. Le tout est raconté par un professeur de philosophie qui manie un humour fin, des clins d’œil et des apartés dans son texte de manière intelligente. Évidement le roman risque de décontenancer les lecteurs habitués aux polars classiques et il faut apprécier d’aller voir ailleurs une histoire structurée mais atypique pour en apprécier le sel. À réserver donc aux (a)mateurs ouverts d’esprit qui cherchent aussi le plaisir simple de la lecture agréable d’un texte mené avec soin.