1986. Plainview, petite ville américaine du Colorado, vit économiquement grâce à une grosse et unique entreprise chargée d’extraire et de raffiner le plutonium. Nécessaire à l’industrie nucléaire, et plus particulièrement militaire, il vaut mieux travailler et se taire même si l’usine ne respecte pas totalement les précautions sanitaires, que la ville est très polluée et que les conditions même sur le site peuvent mettre en danger les travailleurs. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Connie, qui a été exposée à une forte dose de radioactivité et en est morte. Or Hack était l’ami de Connie et il n’a pas supporté cela. Du coup, il a accepté de parler à un journaliste. La rumeur a par la suite enflé dans la ville et Hack n’a plus été en odeur de sainteté. Hack dont le père est le « grand » producteur-vendeur de drogues de la ville, qui a su gérer la concurrence de manière violente. Un père qui pensait que Hack prendrait sa suite et l’avait donc entraîné en ce sens. Mais Hack travaille à l’usine de plutonium et, depuis la disparition de sa femme, essaie d’élever Nat, sa fille, en fin de lycée et Randy, un peu plus jeune. Or, un jour Randy part en balade avec des copains et ne revient pas. On retrouve juste son vélo à proximité, dans un fossé de la route. Aidé de Whitey, le seul ami qui lui est resté fidèle, Hack va tenter de retrouver son fils. Aurait-il été enlevé ? Par qui ? Pourquoi ? Les pistes sont nombreuses entre son côté lanceur d’alerte et les relations de son grand-père. Les motivations sont peut-être à chercher parmi la jeunesse désœuvrée de la ville ou sa propre relation adultérine avec Rose, la femme d‘un cadre de l’usine. Tandis que Nat s’enfonce dans l’inquiétude et la culpabilité, Hack sillonne une ville hostile, ne sachant chercher une solution qu’en usant de la violence.
En une quinzaine d’années et cinq romans, Benjamin Whitmer s’est imposé comme une nouvelle figure du roman noir américain. Dans nouveau titre traduit, il continue une description aiguisée du milieu des petits blancs dans les zones plus rurales (ou les petites villes) du Colorado. Empli de relations humaines complexes où se mélangent l’amitié, la haine, la violence, la difficulté de communiquer – autant de sentiments qui rongent la vie des personnages -, Dead Stars donne la parole à ces acteurs du roman noir, social et désenchanté du rêve américain. Le roman développe, heure par heure, les tentatives sur quelques jours de retrouver un fils disparu. Longues plages d’attente, de recherches vaines, émaillées de retours en arrière explicatifs des psychologies et des actions, et de scènes de violence pure qui éclatent souvent comme moyen de soulager la pression, comme un orage qui explose après une torpeur écrasante. Surtout Dead Stars nous offre en filigrane, avec une ville sous la pression de l’usine monopolistique, le portrait tendu et empathique d’un homme arrivé au bout de tout et qui ne voit pas comment s’en sortir, mais qui continue à ruer. Il y a sans doute un rapport avec sa première passion qui revient comme un leitmotiv au long du récit : cow-boy de rodéo. Il faut sans cesse remonter en selle sur le taureau pour essayer de le dompter, même si l’on chute sans cesse. Malgré la distance romanesque (presque 600 pages sans beaucoup d’événements), le roman se lit facilement et emporte le lecteur dans le sillage de son personnage central, que l’on devine presque échouant à réussir.