Enfant typique des années 1970, April Balascio grandit entourée de ses parents et de ses frères dans le cœur dévasté de l’Amérique. Bon, d’accord, papa a tendance à frapper sa femme et à attacher ses enfants à la cave, mais qui lui reprocherait ? Certes, il s’avère que c’est en plus un tueur en série, ce qui fait tout de même assez désordre lors des réunions parents-profs, mais personne n’est parfait, si ? En tout cas, la jeune April, en proie aux coups, aux brimades et à l’injustice, aux déménagements incessants dans des logis de plus en plus insalubres, aime son père sans réserves, malgré sa violence et ne se doute nullement de ses activités criminelles récréatives. Car Edward Wayne Edwards, orphelin ayant assisté au suicide de sa mère, maltraité en institution et renvoyé de l’armée, n’est pas le père respectable qu’il affecte d’être. Braqueur, évadé, escroc, il se réinvente en figure de la rédemption des criminels… ce qui ne l’empêche pas de tuer au moins cinq personnes (une bonne quinzaine selon certains chercheurs) entre 1977 et 1996.
Alors que, des années plus tard, elle trompe son insomnie en lisant des récits de faits divers sur Internet, April Balascio fait le lien entre les lieux de certains meurtres non résolus et leurs fréquents déménagements. Elle creuse l’histoire familiale, retrouve des souvenirs traumatiques et finit par dénoncer son père, qui mourra en prison. Il en résulte un podcast, puis un livre, parce qu’on est en Amérique après tout et que quinze minutes de gloire, même sordides, sont toujours bonnes à prendre. Pourquoi pas après tout ? On a connu des récits de vies chamboulées qui ont donné des ouvrages passionnants, et puis April Balascio coche toutes les cases, jusqu’à la grande résilience des enfants martyrs qui garantissent à coup sûr une adaptation en mini-série larmoyante sur un netflix quelconque. Un seul problème : on s’ennuie ferme ! Élevée par un serial killer (rien que le titre sonne déjà davantage comme un article de torchon à scandales que comme un livre publiable) est particulièrement mal écrit et inintéressant. Les scènes de violence familiale s’enchaînent sans susciter autre chose que des bâillements polis tandis que les bon sentiments lénifiants – comme elle aime ses frères, sa maman, sa tata Lucille, son chien -, font grincer des dents au point qu’on se prendrait presque de sympathie pour le meurtrier lui-même, grand absent du récit alors qu’il y est omniprésent. Incapable de donner une texture, une force à ses “personnages”, April Balascio ne fait qu’enchaîner les banalités pendant plus de quatre cents pages sans jamais parvenir à dépasser le stade de l’anecdote, alors que l’on aurait pu espérer un éclairage incisif sur la réalité d’une vie passée à côtoyer violence et crime.
Le genre True crime, souvent décrié, parvient parfois à surprendre, à faire émerger de vrais textes forts, qui poussent à réfléchir sur la nature humaine et l’évolution des sociétés. Ce n’est pas le cas ici, et on aurait finalement préféré que l’autrice ait été “élevée par un prof d’écriture créative”.