CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 23,00 €
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ISBN : 979-10-279-0524-9
Nombre de pages : 448
Format : 20 X 13 CM
Année de parution : 2026
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8 / 10

Grand-Guignol

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Avec talent, Cyril Camus fait ressurgir l'ancêtre du slasher au milieu d'une intrigue historique parisienne joliment scabreuse. Grand-Guignol est tout sauf une farce dans le Paris de 1922 avec cette histoire qui nous plonge dans une Capitale interlope en quête d'émotions et de sensations.

Avant la Première Guerre mondiale, Vogt a travaillé à l’ambassade d’Autriche à Paris et a ainsi participé à la vie culturelle. Non seulement, il file le parfait amour avec Béatrice, mais il passe beaucoup de temps au théâtre du Grand-Guignol dont il apprécie la sauvagerie et l’humour et dans certains milieux interlopes pour s’offrir de la cocaïne. Mais avec la guerre, il a dû quitter la France, et Béatrice lui a préféré Cachin. En 1922, Vogt revient à Paris, car il doit participer à l’élaboration de certains traités et négocier avec le gouvernement français pour obtenir que l’ambassade d’Autriche quitte ses locaux, situés dans l’hôtel Matignon. Vogt décide d’acheter de nouveau de la cocaïne, mais les truands tentent de le doubler et il en blesse un en lui coupant l’oreille avec sa canne-épée. Les bandits vont vouloir se venger et le suivent, attendant le moment propice. Mais il y a également un autre problème. Et de taille. Un homme du ministère de la justice a décidé de se rendre dans le théâtre du Grand-Guignol car il aimerait en interdire les représentations. La troupe et la direction du théâtre à Montmartre veulent éviter tout incident qui pourrait les mettre en délicatesse avec la loi. Et puis Béatrice et son nouveau mari se rendent régulièrement au Grand-Guignol dans une loge particulière où, émoustillés par la vision de ce qui se passe sur scène (des mises en scènes macabres amplifiées par l’utilisation de sang des bouchers de La Villette), les locataires de la loge peuvent se livrer à des ébats que la morale réprouve. De son côté Vogt est venu voir un spectacle, a surpris des bruits d’ébats amoureux dans la loge voisine de la sienne et il a reconnu Béatrice et, comme il a pris une grosse dose de drogue, il n’arrive plus beaucoup à distinguer la différence exacte entre la réalité et ce qui se passe sur scène. Tout va donc déraper, très logiquement.

Plus personne ou presque ne connait le Grand-Guignol, cet ancêtre des films gore ou slasher d’aujourd’hui. Auparavant, cela se jouait dans les théâtres avec des flots d’hémoglobine (une partie de l’intrigue est liée d’ailleurs à ce besoin de sang frais). Il y eut même plusieurs films réalisés autour de ce thème, dont le très réussi Grand-Guignol de Jean Marboeuf, un cinéaste un peu oublié. Il existe aussi dans la collection « Bouquins » un ensemble de pièces de ce théâtre particulier intitulé Le Grand-Guignol : le théâtre des peurs de la Belle Époque. S’appuyant ici sur une documentation forte, Cyril Camus va nous offrir un roman particulier à son tour. Un premier tiers présente les personnages et explique ce qu’est le grand-guignol, avec ses acteurs, ses particularités, ses auteurs. Puis, le roman devient à son tour un grand-guignol rapide et nerveux qui fait défiler toutes les caractéristiques du genre : comment essayer de se débarrasser d’un cadavre, un homme enterré vivant qui tente de se venger, des morts scabreuses et horribles, racontées avec soin et un sens du détail fort. Au cœur du livre est évoquée l’exécution de Landru, événement marquant de cette année 1922, mais la série de meurtres de ce brave homme apparaît comme « ridicule » au milieu des violences, et des flots de sang, de viscères, de gens brûlés vifs que va décrire l’auteur. Pour les amateurs du genre (ceux qui ont frémi avec les romans de la collection gore du Fleuve noir par exemple, ce livre, maîtrisé et collant à la période historique (avec ses descendants d’Apaches, ses maisons closes), mérite toute l’attention. Cyril Camus est surtout un auteur qui s’invite dans le genre horrifique avec un texte réussi.

Mis à jour le 26 septembre 2026
Enroulé en un amas bouffi, un boyau traînait dans un angle de la cellule carrée. Stefan Glowacki, apprenti de vingt ans aux cheveux roux, essayait d’éponger la gelée de cadavre avec une serpillière. Trois des garçons bouchers aux ordres de Lamarcq s’affairaient autour de lui.
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