Les amateurs des littératures policières connaissent principalement la région du Dartmoor,grâce au Chien des Baskerville, d’Arthur Conan Doyle et à l’enquête qu’y a mené Sherlock Holmes. De fait, il s’agit d’une région rurale, une lande agricole. C’est dans cette région que s’installent Colline et son nouvel amoureux Pierce. Colline est également accompagnée de Paul, son fils, bon joueur de tennis mais qui risque de s’ennuyer. À côté d’eux, un jeune paysan, Andy et sa femme plus âgée que lui, Joy, filent le parfait amour et accueillent volontiers ces nouveaux habitants. Un autre voisin, un homme riche, qui laisse sa femme jouer à la gentleman-farmer, invite Paul pour jouer avec ses fils. Une amitié se noue entre les garçons, une amitié qui se renforce de manière étrange car les deux jeunes vont alors partager une passion pour les grands mammifères marins, et notamment les orques : vidéos de leurs vies marines, de leur rude quotidien, et pour accentuer encore plus l’ambiance, lecture serrée et fine de Moby Dick. Mais la vie rurale va être rendue difficile car de mystérieux personnages (peut-être d’ailleurs une seule personne) s’attaquent nuitamment aux troupeaux en démembrant l’un ou l’autre des paisibles ruminants qui font la fierté locale. Qui peut être derrière ces affaires macabres, qui rappellent des faits divers arrivés il y a quelques années en France avec des vaches ou des chevaux ? Freya, une policière locale, cherche à résoudre cette affaire, et elle pressent qu’il y a peut-être un rapport entre les paisibles bovins et ces orques qui peuplent la conversation locale. Y a-t-il aussi un rapport avec une histoire qui court sur un roque, enfermé dans un parc d’attraction, et qui attaque des visiteurs ? Et lequel ? Quand Joy est écrasée de nuit par un chauffard qui prend la fuite, Freya se doute que cet accident cache sûrement autre chose en lien avec l’affaire…
La Mansuétude des orques est immense est le premier roman de Corinne Stanciu Lacroix, une jeune auteure qui bien que française a décidé in fine de vivre en Grande-Bretagne. Le roman offre un récit qui louvoie entre différents thèmes : les orques, bien sûr, les relations entre humains parfois difficiles, parfois heureuses, mais aussi le monde rural, avec des petits paysans comme de grands propriétaires. Cela permet des descriptions poétiques et fortes sur la campagne vallonnée anglaise comme des écarts dans la vie des orques. Ponctué de moments de grâce (l’éloge lors de l’enterrement de Joy par son mari, pourtant un homme taiseux, entre autres) et de scènes plus rudes, traversé par une policière qui est à la fois terre-à-terre et lunaire, par deux garçons qui échangent sur leur roman fétiche, le texte prend son temps, déambule entre ses thèmes, installe lentement un climat. Surtout, Corinne Stanciu Lacroix emmène le lecteur avec elle dans un récit littéraire et classique qui sait ménager du suspense. Un premier roman remarquable.