Devon Mulvey est un agent spécial du FBI, fils d’un riche catholique qui fait partie des notables de la ville de Boston en cette année 1943. Devon a été poussé par son père à entrer dans la police afin d’éviter la conscription. Peut-être aussi, le père attend-il que son fils nettoie les mauvaises actions qu’il pourrait commettre. En tout cas, Devon est chargé d’enquêter autour de la mort d’un ouvrier juif, tué dans la rue dans des circonstances spéciales. Ce qui inquiète surtout les autorités, c’est que le mort travaillait pour une entreprise d’armement. Devon a découvert qu’une caisse d’une dizaine de fusils a disparu des entrepôts. Ou se trouvent ces armes et à quoi et qui pourraient-elles servir ? Son enquête l’entraîne du côté de la mafia qui a signé une sorte de pacte de non-agression avec la police avec de participer à l’effort de guerre. Mais, les armes auraient pu aussi être revendues à des militants d’extrême-droite. En parallèle, Anne Lemire, jeune journaliste, qui autrefois habitait près de chez Devon, est chargée d’une rubrique qui s’occupe des rumeurs. À partir de certains bruits, elle tente de démêler le vrai du faux. Ses investigations actuelle portent sur une rumeur préoccupante : des juifs profiteraient de la guerre pour pratiquer le marché noir en vendant de faux tickets de rationnement. Elle se doute bien que ce sont des membres de l’extrême droite locale qui font courir ces bruits afin de diminuer l’effort de guerre des Américains. Mais alors qu’elle enquête, elle se rend compte qu’elle est en danger et que ses avancées vont recouper les recherches de Devon.
Thomas Mullen continue d’écrire son histoire noire des États-Unis à travers des enquêtes situées à Boston avec ici un parallèle contemporain évident. Reconstitution historique de qualité, peuplée de personnages qui sont de vrais humains et non de simples silhouettes pour faire avancer l’action, Le Jeu de la rumeur revient sur la Deuxième Guerre mondiale et la façon dont elle se « déroule » dans une ville comme une autre. L’intrigue, les interactions des personnages, les plans qui se déploient et les difficultés entre la loi, la stratégie, les passe-droits sont présentés avec soin. C’est un roman noir qui, de manière logique, aura une conclusion un peu amère. Un livre surtout qui prolonge en beauté la bibliographie de cet auteur à suivre.