Nous retrouvons les sœurs Bodin, deux vieilles filles qui se piquent d’enquêtes policières et vivent à Orléans, entre la chorale, la paroisse et le tricot. Dans la première aventure, tout commence par un quiproquo : les deux sœurs partent pour Paris en autocar afin d’assister à un spectacle religieux à Notre-Dame et devraient être accueillis par le neveu d’une connaissance à qui elles doivent remettre une sacoche. Mais, dans le même autocar, une jeune femme, membre d’un gang, doit aussi venir à Paris pour transmettre des documents de la part du chef à ses bras droits. Mais cette même jeune femme, kleptomane, se fait coincer durant le trajet en tentant de voler son voisin. Comme, en plus, le neveu est en retard, les deux sœurs se retrouvent emmenées par des truands dans une maison close où elles doivent « conseiller » les membres dudit gang, sans comprendre où elles se trouvent et alors qu’une guerre des gangs commence et que certains des bras droits ont tendance à disparaître. Ce volet joue donc sur le registre comique (à la manière dont il y avait des policiers comiques dans les films des années 1950, par exemple avec Fernandel ou Fernand Raynaud) etsur le décalage entre l’innocence des vieilles sœurs Bodin et la situation dans laquelle elles sont et qu’elles ne comprennent qu’in fine. Même les morts violentes apparaissent comme des péripéties normales. C’est cet aspect décalé, bon enfant, qui fait tout le sel du roman.
Dans le second texte, nous revenons à du plus classique. En effet, nous sommes à Orléans. Au sein de la paroisse, les sœurs Bodin, leur « ennemie intime », la veuve d’un colonel, et différentes dames de bonne famille se réunissent pour tricoter des vêtements (notamment des mitaines) pour les pauvres. Or, l’une des paroissiennes va être retrouvée morte et, comble de l’infamie, on lui a volé la mitaine qu’elle était en train de fignoler. Les deux sœurs Bodin se décident à enquêter pour savoir qui est l’assassin, tout en continuant à tricoter. Là encore, derrière la bonhommie de l’action, Jean-Pierre Ferrière s’amuse à décrire avec soin cet univers balzacien, très vieille France, où deux inoffensives vieilles dames travaillent à la recherche de la vérité.
Évidement, il s’agit de deux romans très ancrés dans la province et les années 1950, ce qui ne permet pas de révolutionner le genre, mais ces deux romans offrent un réel dépaysement, des intrigues classiques, racontées avec soin et présentant des personnages atypiques, des vieilles filles un peu à la Miss Marple, mais avec des qualités et des défauts de dames patronnesses françaises. Tous ces aspects donnent un air de fraîcheur, et non de « vieilleries un peu moisies ». dans le cadre de rééditions du genre. Une très bonne initiative.
NdR – L’anthologie comporte les romans Cadavres en goguette (1958) & Cadavres en mitaine (1959).