Femme de son époque, Lara Walters est aussi tournée vers le passé. Musicalement, elle a découvert, entre autres, Freeskin, un « petit » groupe qui a sorti deux albums avant que la chanteuse, Mary Magee, également parolière, ne disparaisse mystérieusement sur une plage de Californie en 1967 et que le groupe plonge dans les limbes de la mémoire. Lara a trouvé un livre qui retrace l’histoire de ce groupe et elle décide dans la foulée de partir aux États-Unis afin d’échanger avec les membres du groupe et d’en savoir plus. Mais à peine est-elle arrivée qu’elle apprend que la fin du groupe est aussi liée à un tueur en série (qui s’est arrêté assez vite) qui étranglait des jeunes filles avec des foulards. En parallèle, quand Mary Magee a disparu, que les seuls traces étaient peut-être les indices d’une noyade (volontaire ?), un détective a été embauché pour la retrouver ; quelques semaines plus tard, il mourrait dans un accident de voiture. Alors que Lara Walters arpente les rues de San Francisco, le tueur au foulard semble refaire surface. Lara en fouillant le passé de Mary, s’intéressant aux raisons de la séparation, pourrait-elle relancer ce passé et faire revenir ces figures des années 1960 ?
Sans aucun doute, on n’écrit pas sur ce genre de sujet sans avoir une certaine appétence. Muriel Mourgue décrit avec soin le rêve californien, le rôle de la musique, à travers un petit groupe qui aurait pu atteindre les sommets mais qui a explosé en plein vol. Son histoire se compose de deux parties assez distinctes : une première, plus longue, autour de l’enquête de Lara Walters sur les traces qui restent de ce groupe, sur ce qui aurait pu se passer, sur les mensonges, les rêves, sur les folies de cette génération des années 1960, où il y avait en même temps les Beach Boys qui chantaient et l’un d’eux qui accueillait Charles Manson pour réfléchir à des compositions. À travers des personnages archétypaux (les membres du groupe, le prolo qui s’y est joint, le détective privé) qui acquièrent une vraie vie dans le texte, c’est toute l’atmosphère de cette période qui revit sur fonds de patchouli. La deuxième partie offre en une suite de courts chapitres les solutions successives pour comprendre l’ensemble de ce qui s’est passé (y compris durant les moments contemporains) dans une suite intelligemment amenée de rebondissements crédibles. Cela fait de Mary Magee a disparu ! un roman à découvrir et à apprécier – comme le reste de l’œuvre de Muriel Mourgue…