CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 6,40 €
INFORMATIONS LIVRE
Numéro collection : 2360
ISBN : 9-782702-427743
Nombre de pages : 318
Format : 17 X 11 CM
Année de parution : 1940
Titre original : Murder in the Mist
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7 / 10

Meurtre dans la brume

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À Laneport, sur la côte nord de la Nouvelle-Angleterre, une jeune femme est assassinée dans sa chambre d’hôtel sous les yeux de sa fille de cinq ans. Son corps est découvert par Mary Carner, inspectrice de police alors en voyage de noce. Mettant en scène le personnage de Mary Carner pour la deuxième fois, Zelda Popkin offre ici un roman singulier, au style éminemment littéraire.

En ce samedi soir d’été, la partie de bridge réunissant Mr Parsons, Mrs Lyndall, miss Hays et miss Templeton dans le hall du Rockledge, paisible hôtel «sans prétention» de Laneport, en Nouvelle-Angleterre, est quelque peu troublée. Si Mr Parsons est blâmé pour sa distraction, c’est l’irruption d’une jeune femme arrivée à l’hôtel dans l’après-midi, avec une petite fille, qui suscite le plus de commentaires. Ses vêtements, ses sandales rouges et ses ongles peints… et puis son nom, Nola Spain. Qu’est-ce donc que ce genre de femme-là ? Quand elle demande après l’atelier de Paul Donato, le célèbre sculpteur, une supposition fuse : «Un modèle, je crois.» Puis, un peu plus tard, c’est un couple qui demande un hébergement pour la nuit − partis en voyage de noce ils se sont égarés et le brouillard les a empêchés de poursuivre leur route. Mais ce n’est là que le début des perturbations : en pleine nuit, des tapotements bizarres, un ivrogne chantant à tue-tête, une forme blanche fantomatique qui hante un couloir… et surtout le corps de Nola Spain, gisant dans son lit le cœur transpercé d’une fine pointe noire. Il est découvert par Mary, la jeune mariée tirée de son sommeil par l’enfant de Nola qui ne parvient pas à réveiller sa mère. Mary étant inspectrice de police (à New York, et en congés, mais aussi précédée de sa réputation : la fameuse Mary Carner), elle finit par être associée à l’enquête. Laquelle s’annonce pour le moins compliquée : s’il y a eu un témoin de première main – le meurtre a été commis sous les yeux de la fillette éveillée – sa description des faits laisse perplexe. Elle a vu «une grande, grosse, grosse sorcière ! sur un balai». Quoi qu’on fasse pour essayer de lui faire formuler son témoignage autrement, elle n’en démordra pas : c’est une méchante sorcière qui a tué sa maman. Quant à cette dernière, on la nomme plus volontiers «Princesse des Fées» que Nola Spain. Une sorcière assassinant une fée – après tout, ça se tient…

C’est pourtant une intrigue criminelle des plus classiques que déploie le récit, où la part policière – recherche d’indices, recueil de témoignages, investigations dans le passé de la victime… − reste bien présente dans tout son classicisme et sans qu’intervienne la moindre surnaturalité. Mais le roman n’en est pas moins empreint d’une envoûtante étrangeté, non pas à cause des allégations de la fillette mais, plutôt, des personnages énigmatiques qui l’habitent – deux sœurs qui ne quittent jamais leur chambre sinon à la nuit tombée pour échapper aux regards, le vieux Mr Parsons qui, passionné par les légendes locales, n’établit aucune frontière entre le monde réel et ses rêveries et s’entend donc fort bien avec la fillette jurant avoir vu une sorcière… −, de l’atmosphère savamment entretenue par l’importance donnée à ce Mr Parsons dont le point de vue fantasmagorique est si souvent adopté, à cause enfin de la manière dont les êtres sont portraiturés, d’une plume acerbe, à coups de métaphores ou de comparaisons savoureuses teintées d’humour, voire d’ironie et faisant d’eux de véritables grotesques. Style et figures, tant pour les traits physiques ou moraux des personnages (« Trois mentons pâles se dégagèrent d’une gorge de mammouth, tremblotèrent sous l’effet de ce qui ressemblait à des paroles de bienvenue») que pour l’ambiance («On aurait dit un vieux mélodrame. Des mains qui se referment comme des serres dans les ténèbres») : voilà ce qui, au-delà de l’histoire, retient, et séduit – c’est en tout cas ce que donne à lire la traduction.

Entre fantasmes favorisés par le brouillard et réalité d’un crime sordide laissant orpheline une enfant de cinq ans, Zelda Popkin offre un roman que sa dimension policière suffit à rendre attrayant − l’affaire criminelle proprement dite se développe assez lentement, avec cependant tous les rebondissements que l’on peut souhaiter. Mais il y a cette écriture si particulière, ce style riche en figures, ce ton traversé d’humour parfois cruel, ces portraits… et le récit de devenir délectable, de ceux qu’on lit pour leur seule saveur littéraire, au-delà de l’histoire racontée.

NB. Cette publication à la Librairie des Champs-Élysées est une reprise d’une traduction parue en 1994 aux éditions Métailié dans la collection «Troubles». Le roman avait déjà été traduit en français en 1946 par Simone Perrier et avait été publié sous le titre La Lune de miel de Mary Carner par les éditions Limière de Bruxelles, dans la collection «L’Œil clair». 

Mis à jour le 22 octobre 2026
Ils pensent que je devrais me mettre en chasse comme Perry Mason ou pérorer sur les petites cellules de la matière grises comme Mr Hercule Poirot. Mais je ne suis pas une inspectrice de roman policier. Je suis une repéreuse de voleurs. C’est tout.
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